Pourquoi une moto n’est pas faite pour débuter ?

On peut longuement discuter des critères qui font qu’une moto est adaptée pour les débutant(e)s. Vous trouverez plein d’articles sur le web francophone qui vous expliqueront en long, en large et en travers ce qui fait selon eux qu’une moto est bonne pour commencer. Nous avons voulu adopter une approche inverse : pourquoi une moto n’est pas adaptée pour débuter ?

Cet article a été écrit par Macareu, auteur contributeur du site Passion Moto Sécurité
Il est à lire en complément de l’article Quelle moto pour débuter ?

Plusieurs critères techniques font qu’une moto n’est pas adaptée pour un débutant :

  • Le moteur ;
  • La partie cycle ;
  • Un mélange des deux.

D’autres critères peuvent aussi rentrer en compte :

  • Le prix d’achat ;
  • L’assurance impossible ou trop chère.

* * *

Le moteur

Ce n’est pas la cylindrée seule (500, 650, 1000 cm3, etc.) qui va faire qu’une moto est puissante et dangereuse , mais un ensemble de paramètres.

La puissance

Exprimée en chevaux (ch.), elle détermine la vitesse maximum de la moto. Sur route, on a rarement besoin d’aller à 230 km/h, ni même à 200… Un 600 cc sportif doit faire 120 ch. a peu près, ce qui est vraiment beaucoup ! Un GSR et une Street Triple c’est 106 ch. ! Là aussi, c’est beaucoup ! D’un autre côté, une Ducati Monster 1100 ne fera « que » 100 ch. elle aussi, alors que sa cylindrée est presque deux fois plus importante… Une Harley aura beau avoir un moteur de 1800 cc, elle aura une puissance très modeste comparée aux autres.

Les motos pour débuter ne doivent pas être trop puissantes, c’est un critère primordial !

Le couple

Exprimé en newton-mètre (Nm) ou en mètre-kilo (m.kg), le « couple » du moteur est aussi un gros piège. Simplement (mais c’est là aussi encore plus complexe), le couple est ce qui permet d’accélérer plus ou moins fort. C’est aussi ce paramètre qui va faire que la moto aura de bonnes reprises. Une moto dite « coupleuse » obligera le conducteur à se montrer très humble sur la remise des gaz pour ne pas glisser ou se retrouver catapulté trop rapidement dans le virage d’après ! Le couple est lié a la cylindrée, une 600 cc aura moins de couple qu’un 1000 cc. Mais encore une fois, c’est très grossier comme explication.

L’architecture du moteur

Cela peut paraître nébuleux pour certains, donc on va en parler rapidement.
Les moteurs de moto comportent différents nombres de cylindres, généralement 1, 2, 3 ou 4. Communément, on parle de « mono », « twin », « 3 pattes » et « 4 pattes ».

Pour comprendre les différences à la conduite, il faut bien avoir saisi le principe de puissance et de couple. Les différences ne se feront pas au niveau de la puissance pure, mais surtout de la façon dont cette dernière est délivrée par le moteur : un « mono » va être brutal et délivrer tout ce qu’il a directement – même dans les bas régimes. Un twin sera plus doux, mais il préférera être utilisé dans les bas et moyens régimes. Un trois et un quatre cylindres sont assez mous ou « creux » dans la partie basse du compte-tour, mais une fois arrivés à un certain régime, toute la puissance arrive.

Chaque personne préfère telle ou telle architecture. Néanmoins, les pièges existent pour chacune !

* * *

La partie cycle

Déjà un éclaircissement sur ce terme, qu’il faut connaitre pour le permis ! On appelle ainsi l’ensemble cadre + suspensions + freins.
Contrairement à ce que beaucoup pensent, avoir la « meilleure » moto n’est pas forcément un avantage lorsqu’on débute.

Les freins

Les différences sont plus subtiles que « ça freine bien » ou « ça freine mal ».
Il y a des freins qui freinent effectivement plus « fort » que d’autres : on parle là de puissance de freinage. Il y a également la sensation, le feeling : ça aide beaucoup de « sentir » ses freins au mieux. On parle également de « mordant » ou « d’attaque » des freins : un freinage très mordant va faire que toute la puissance de freinage entrera en action à la moindre pression sur le levier. Si cela est très bien pour les gens qui roulent très vite et qui savent ce qu’ils font, cela peut être plus problématique quand on est dans une situation d’urgence et qu’on n’aura pas le temps de réfléchir à la manière d’agir ! De plus, sur route mouillée, une moto qui freine « trop » va être dangereuse car très délicate a gérer / doser le freinage.

Le cadre

Difficile de savoir quand on débute ce que va changer le cadre dans nos impressions. Les conseils des gens plus expérimentés sont là pour ça !
Il existe des cadres très rigides et d’autres plus « mous ». Un cadre rigide aura sa place par exemple sur une sportive ou un roadster sportif, un cadre mou sera plus adapté a une moto de débutant ou à un trail. Pourquoi ? Un cadre rigide va permettre de rouler vite sans avoir une moto qui « bouge », on sera plus en confiance car la moto va pouvoir virer à des vitesses affolantes sans que tout se torde. C’est un gros « plus » sur des motos sportives, par contre c’est un gros moins au niveau d’un débutant !

Un châssis « mou » ou « permissif » va de par sa flexibilité montrer ses limites au pilote. Si vous sentez que votre moto commence à bouger quand vous prenez un virage plus vite que d’habitude, ça veut dire qu’il ne faut pas essayer d’aller plus vite ! Une telle moto vous permettra de corriger facilement une trajectoire car justement le châssis est « flexible ».
Au contraire, sur une sportive, une fois que vous avez amorcé votre virage, votre trajectoire est « verrouillée ». C’est d’ailleurs pour cela que l’on parle de moto qui sont « comme sur un rail ». Elles sont plus performantes, mais il faut avoir un sacré niveau pour arriver à utiliser un châssis de la sorte. En cas d’imprévu, il faudra arriver à éviter un obstacle, autant dire que pour un débutant, c’est mort.

De plus, un châssis très rigide renvoie peu d’informations : lorsqu’on est très proche de la limite, on ne sent rien, et quand on la dépasse, on est directement par terre.

* * *

Conclusion

Par conséquent, une moto de débutant, c’est :

  • pas trop puissant pour pas se faire peur, mais largement assez pour s’amuser contrairement à ce que beaucoup de gens pensent ;
  • une moto qui permet de faire des erreurs et de les corriger, ce qui est la base d’un apprentissage en règle.

Ce qui vous permettra bien sûr par la suite de vous faire plaisir sur des motos plus puissantes si vous le souhaitez, mais au moins vous aurez appris les bons réflexes et vous pourrez alors profiter pleinement des motos dont vous rêvez surement aujourd’hui.

  7 comments for “Pourquoi une moto n’est pas faite pour débuter ?

  1. Glt
    20 juillet 2016 at 22:48

    bonsoir,

    j’ai passé le permis moto à 49 ans, après 4 ans de scooter 125, histoire d’être sur que le 2 roues me convenait. Comme beaucoup, j’ai parcouru les revues et sites internet, discuté avec des amis ou collègues pour choisir la monture qui me conviendrait le mieux.

    Finalement, j’ai craqué pour une Yamaha MT07 pour la simple raison, hormis les considérations esthétiques, que c’est sur cette machine que j’ai passé mes quelques 26 heures d’apprentissage.

    Cette moto est puissance et coupleuse et il faut rester prudent mais elle est légère et maniable et je la connais. J’ai donc voulu jouer la sécurité pour acquérir de l’expérience dessus, quitte à changer plus tard.

    Merci pour ce site, riche en informations bien utiles pour le débutant que je suis.

    • Al
      21 juillet 2016 at 09:27

      C’est vrai qu’elle est réellement sympa cette mt07 !
      Bonne route!

  2. Jean-Baptiste
    1 juillet 2016 at 15:58

    Un petit commentaire de plus, quoique tardif, désolé … mais il n’est jamais trop tard pour saluer la qualité de ce site : bravo !

    Permis A à 38 ans, la réalisation d’un rêve de gosse … avec un peu plus de maturité !

    Professionnellement très sensibilisé aux dangers de la route, j’ai pris le temps du choix, averti notamment que, contrairement à ce que l’on pourrait parfois penser, mon profil ne me mettait nullement à l’abri du drame. Ainsi, on sait statistiquement que le quadra « jeune permis » est fortement accidentogène. Certes, la vie lui impose souvent un sens des responsabilités plus aiguisé, une meilleure connaissance de ses propres limites, mais nombreux sont ces néo-motards à se leurrer sur leurs capacités, abusés par la confiance excessive de ceux qui sont déjà usagers de la route depuis une vingtaines d’années (permis B) …

    Je l’ai répété à l’envi : le permis A ne fait pas de moi un motard, il me donne juste le droit de tenter de la devenir.

    Armé de ces précautions, je m’inquiétai de mon premier engin.

    Evidemment, le novice ne peut se prévaloir de nombreuses expériences sur différentes machines, juste quelques essais : l’ER6 de la formation, et puis les amis qui vous font essayer différentes cylindrées, de l’utilitaire mid-size à la sport-GT en passant par le gros trail ou le roadster moderne … je ne pouvais en tirer que de minces conclusions : l’Hayabusa, pas pour moi, les trails trop haut perchés … Les roadsters modernes ne m’attiraient pas : pas envie d’avoir l’air de rouler sur la moto de mon petit frère, pas envie non plus d’un moteur qui ne s’exprime que haut dans les tours, d’une fusée qui envoie violemment d’un virage à l’autre, ou d’une enclume de + de 250 kilos à sec.

    Il me fallait une moto rassurante, facile, en conduite comme en entretien, fiable, pratique, simple … et qui me plaise ! Quadrature du cercle oblige, le budget demeurait un incontournable. D’autant qu’on ne garde pas toujours longtemps la première, et que c’est souvent celle qui coûte le plus en réparations et frais divers (joie des premières chutes ?). Bref, une arme pour faire ses premières armes.

    C’est sur un modèle ancien (fin des années 90) mais éprouvé que je jetais mon dévolu, et je roule depuis sur une 750 Inazuma (Suzuki GSX).

    Un 4 cylindres relativement souple (pas trop creux en bas), raisonnablement coupleux, et dont les 85 CV seront largement suffisants pour débuter. Une partie cycle saine, un freinage efficace (mais sans ABS, pas de contrôle de traction, d’anti-dribble ou autres cartographies d’injection, et pour cause : des carbus !), un poids contenu …la moto accélère très honnêtement, accepte des reprises bas dans les tours, n’engage pas exagérément de l’avant, prend de l’angle sans trop d’effort et reste stable.

    Il faut du temps je crois pour apprendre, et pour découvrir pleinement une nouvelle monture : autant donc choisir avec soin un modèle qui ne réserve pas de (mauvaises) surprises.

    Et le plaisir est au RV, tous les jours, sans se laisser griser, avec prudence … mais quel plaisir !

    Merci pour tous vos conseils.

  3. Dauvergne
    2 décembre 2015 at 14:25

    Bonjour,

    Personellement j’ai acheter une suzuki 250 inazuma, un twin sympa qui fait un beau petit son et avec 180 kilos c est vraiment très agile.
    Avec 25 ch on a largement de quoi se faire plaisir, après on a pas tous la notions de plaisir mais en jeune motard que je suis je préfère mettre toute les chances de mon coter pour pouvoir devenir un vieux bon motards.
    Et sincèrement pour ce qui débute se que je trouve dommage c’est que on met pas assez en avant les petite cylindrée. Un gros 4 patte bridée c est bien mais sincèremment notre première moto en géneral on la garde pas très lontemp.

    Mais je critique pas du tout, simple avis personelle.

  4. Eric
    27 novembre 2015 at 21:30

    Bonjour!

    Article très intéressant, comme d’habitude!

    A mes 36 ans, quand j’ai désiré me mettre à la moto, j’avais acheté une revue moto qui reprenait les modèles les plus connus en donnant les caractéristiques, avantages et défauts. De plus, une mention indiquait si la moto était conseillée pour débutant, habitué ou chevronné (en gros, ne me souviens plus des termes exacts). Pour un novice comme moi, c’était parfait pour découvrir les caractéristiques que je désirais trouver pour une première moto.

    Mon choix s’était alors porté, très naturellement, sur une Honda CBF 600 N. J’y trouvais mon bonheur: prix d’achat correct, 4 pattes pour la souplesse moteur, une cylindrée ni trop basse ni trop élevée, comportement routier sain, ABS, économique à l’usage et un look qui me plaisait vraiment bien. Je n’ai jamais regretté ce choix. Si j’avais pu changer quelque chose, cela aurait été, à la place de la chaîne, une transmission par courroie ou par cardan.

    Environ 6 ans plus tard, j’ai désiré passer à une plus grosse cylindrée. Malheureusement, Honda ne proposait pas de CBF N en version 1000cc. Seule la version carénée « S » était dispo. Je me suis fait plaisir en acquérant une BMW R1200R 2008 d’occasion, full option. Mais je regrette quand même la CBF, pour la « douceur » du 4 cylindres.

    Petit détail, avant de passer à la moto, j’étais en possession de l’ancien permis de conduire belge valable tant pour l’auto que pour la moto. Mais je ne me suis pas lancé dans l’aventure « 2 roues » sans m’offrir une journée d’initiation moto, où j’ai eu la chance d’être le seul inscrit! J’ai pu ainsi bénéficier, seul, de tous les bons conseils du moniteur et de beaucoup d’exercices sur un circuit varié.

    Encore merci pour cet excellent blog!
    Belle routé à toutes et tous!
    Eric

    • JeanDeNouste
      28 novembre 2015 at 15:03

      Pour moi, les débuts dans le monde de la moto se sont faits à presque 58 ans. 5 mois pour me former (un peu plus de 30h00) et les épreuves du permis (code + plateau + circulation) que j’ai réussies à la première présentation (merci à l’Ecf Toulouse sud-ouest pour son accompagnement très professionnel).

      Contrairement à Eric, le choix de la première moto s’est porté sur un « gros cube », une Bmw r1200r. Sans vouloir brûler les étapes, il m’a semblé que j’avais « l’âge de raison » et que la formation reçue devait me permettre d’envisager assez sereinement une telle machine. Pourquoi une r1200r ? Je voulais une moto sûre, tolérante, confortable, avec des dispositions pour le voyage en duo mais également maniable, sans poids excessif. Avec sa suspension spécifique (Telever), le freinage couplé+l’Abs et l’antipatinage, le roadster de chez Bmw répondait parfaitement à mes critères. Une bulle haute, 2 valises et un top-case, elle devient une véritable petite routière apte au voyage, y compris en duo. Reste la question de la puissance, une centaine de chevaux et un couple confortable, c’est déjà beaucoup pour un débutant.

      Qu’en penser ? Effectivement, il ne faut pas se laisser griser, toujours anticiper, mais quel plaisir d’enrouler, entre 3 et 4000tr/mns, sur le gras du couple, dans le ronronnement du Flat. Que dire des autres motos pour débuter ? Ma seule autre expérience se résume à la Yam MT07 de la moto-école. Une excellente machine, légère, prévenante mais déjà très pêchue (+70cv pour 180kg), qui propulse d’une rotation de poignée son conducteur à des vitesses prohibées, sans avoir les qualités de tenue de route et de freinage de la r1200r.

      Quelle que soit la machine, débuter en moto c’est être humble, connaître ses limites (accepter de se faire déposer par une moto beaucoup moins performante mais beaucoup mieux conduite), découvrir celles de la machine et … avoir du plaisir, le partager, rouler avec la banane.

      • robert
        29 novembre 2015 at 08:43

        si seulement il y avait plus de JeanDeNouste que de motozadistes jamais contents…

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