Charger sa moto sur remorque

Que ce soit de façon régulière pour emmener votre moto sur circuit ou sur terrain de cross, ou bien une seule fois dans l’année pour partir en vacances, ou encore pour emmener la moto au garage, ramener une moto non roulante ou convoyer une moto de collection sur un événement… il est rare qu’une moto n’ait pas à monter sur une remorque au moins une fois dans sa vie. Une manoeuvre qui n’a rien d’évident et peut occasionner quelques soucis. Conseils pour que tout se passe bien.

Cet article est à lire en complément de Faire transporter sa moto.

Encore un sujet où certains motards expérimentés pourront se dire : « inutile d’en parler, c’est si facile ! »
Sauf que comme souvent, c’est facile quand on sait le faire, quand on nous a montré, quand on se fait aider, quand on nous a dit quoi faire… Mais pas quand on se retrouve à devoir le faire tout seul pour la première fois !
Si c’était si facile, il n’y aurait pas autant de chutes et de moments de solitude :

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Cela dit, une bonne partie de ces « fails » filmés montrent des motos qu’on essaie de charger sur le plateau arrière de « pick ups », un type de véhicules très répandu aux Etats-Unis, beaucoup moins en Europe où l’immense majorité des motards recourent à une remorque attelée derrière leur voiture. Et tant mieux car du fait de leur grande hauteur d’essieu, les pick-ups et autres « trucks » s’avèrent piégeux : la rampe d’accès est souvent très pentue et l’angle entre le plateau et la rampe est très prononcé, ce qui met en difficulté les motos avec faible garde au sol.
Une remorque basse s’avère toujours plus facile à charger.

Et évidemment, plus elle est basse, plus elle est conçue spécifiquement pour le transport de motos… et plus c’est facile !
Je ne vais pas parler ici des remorques super équipées, avec treuil et/ou plateau qui s’abaisse au niveau du sol, plancher basculant, dispositif de stabilisation de la moto, etc.
Ces systèmes qui coûtent plusieurs milliers d’euros rendent la tâche bien plus aisée, limitent les risques à néant (ou presque), que ce soit pour charger / décharger la moto ou pendant le transport sur la route.
Si vous devez transporter souvent votre moto sur remorque, si votre machine est très lourde, si vous avez une condition physique diminuée… acheter une remorque bien équipée vaut vraiment le coup.

Cet article s’adresse plutôt à celles et ceux qui chargent leur moto sur remorque de façon épisodique ou qui n’ont pas les moyens d’investir dans une remorque sophistiquée.

Or dans bien des cas, cette remorque ne sera souvent qu’un assemblage de tôles, assemblage généralement non suspendu et posé sur des roues de petit diamètre, elles-mêmes chaussées de pneus de mauvaise qualité.

Mieux vaut louer une remorque de bonne qualité qu’en acheter une de mauvaise qualité.
Il est possible de louer une remorque dans des grandes surfaces auto, comme Norauto, Feu Vert… ou tout simplement Kiloutou !

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Précautions d’usage : un certain nombre de points sont à vérifier avant même de procéder au chargement de la moto sur la remorque.
Je sais que beaucoup ont tendance à « zapper » cette étape et à vouloir utiliser direct un appareil sans en lire le mode d’emploi, mais c’est exactement comme ça qu’on fait des bêtises. Or là, c’est la sécurité matérielle de votre moto qui est en jeu, mais aussi votre sécurité physique.
Cela vaut bien la peine de se poser, de lire ces infos au moins une fois et de réfléchir un petit peu, non ?

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Premier point, la voiture et la remorque.

Selon l’article R221-4 du Code de la Route, le permis de catégorie B (voiture) autorise la conduite d’une automobile avec une remorque dont le PTAC n’excède pas 750 kg (remorque + moto dessus).
Si le PTAC excède 750 kg, le poids de la remorque chargée ne doit pas être supérieur au poids à vide du véhicule et le PTAC de l’ensemble voiture + remorque chargée ne doit pas excéder 3,5 tonnes.

Le PTAC (poids total autorisé en charge), appelé aujourd’hui PTC, est le poids limite que peut atteindre un véhicule ou une remorque avec son chargement.
Ce poids figure sur la carte grise et sur la plaque du constructeur.

Si ces PTAC sont dépassés, il est nécessaire d’obtenir un permis E/B, remplacé depuis janvier 2013 par la formation dite « B96 », qui permet de tracter jusqu’à 4.250 kilos (cumul des PTAC du véhicule tracteur et la remorque).
Le B96 est une simple formation et non un permis (comme le BE) : il n’y pas d’examen, pas de code à repasser, pas de visite médicale et il se déroule sur une seule journée.

Dans le cas d’une seule moto sur une remorque à un ou deux rails, pas de souci, on reste en dessous de 750 kg de PTAC.
Par contre, avec deux motos ou avec une seule moto bien lourde sur une remorque équipée, cela peut dépasser ! Faites bien vos calculs !

Si la remorque pèse moins de 500 kg en charge, elle aura une immatriculation identique au véhicule qui la tracte.
Plus lourde, elle devra posséder sa carte grise, avec une immatriculation qui lui sera propre.

La remorque doit disposer de deux plaques d’identification facilement déchiffrables par les forces de l’ordre

  • l’une mentionnant les coordonnées du constructeur et les caractéristiques de la remorque,
  • l’autre les mensurations et le PTC de la remorque.

Toutes les remorques doivent posséder, à l’arrière, deux feux de position, deux triangles réfléchissants (catadioptres) et un éclairage de la plaque d’immatriculation.
Ainsi que des feux stop et clignotants, si ceux de la voiture ne sont pas visibles.
C’est particulièrement important si vous devez effectuer tout ou partie du trajet de nuit ou par temps de pluie / brouillard…

Cela suppose évidemment que le système d’attelage de votre voiture soit doté d’une prise électrique.
Si votre véhicule n’est pas équipé d’origine d’un système d’attelage, vous pouvez en acquérir un adaptable, en vente sur des sites spécialisés comme Rameder.

Avant tout trajet avec une remorque, il est VITAL de bien vérifier la pression de gonflage des pneus de la remorque !

Les remorques bas de gamme ont des petites roues (10 pouces).
Les modèles plus sérieux ont des roues de 13 ou 14 pouces, plus stables, moins enclines à être montées avec des pneus chinois bas de gamme.
Leur résistance à l’échauffement est meilleure et les risques d’explosion du pneu lors de longues distances sur l’autoroute sont moindres.
Si vous effectuez un long trajet avec des roues de 10 pouces, n’hésitez pas à les surgonfler (de 0,1 à 0,3 bar) et vérifiez plusieurs fois leur pression au cours du parcours.

En cas de non utilisation prolongée, ne pas laisser la remorque sur ses pneus et utiliser un cric pour la soulever.
Nettoyer et graisser aussi bien la boule de l’attelage et l’attache de la remorque que les roulements.
Vérifier le jeu axial du roulement du moyeu de roue.

Eviter toute modification, soudure, perçage d’un des corps d’essieu, qui ferait tout simplement perdre l’homologation de la remorque. La réparation d’un essieu doit être effectué par le fabricant.

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Et l’assurance ?

A partir du moment où une remorque pour moto ne requiert pas d’immatriculation (moins de 500 kg en charge), l’assurance de votre moto suffit à couvrir les frais.

  • S’il s’agit d’une assurance moto « au tiers » : les dégâts causés à autrui seront pris en charge, mais vous devrez assumer seul le montant des réparations de votre moto.
  • S’il s’agit d’une assurance moto « tous risques », l’assurance couvrira l’ensemble des dégâts subis par la moto, la remorque et/ou la voiture.

Dans tous les cas, prévenez votre compagnie d’assurances du véhicule transporté sur remorque.
Mieux vaut prévenir que guérir et vous serez peut-être amené à souscrire une assurance supplémentaire avant le départ pour mieux vous couvrir.

De même, si vous avez loué une voiture pour vous rendre en vacances en tractant la remorque qui porte la moto, et même si vous avez souscrit un contrat de location « tous risques », ce dernier peut exclure les dégâts causés par une remorque et/ou les dommages subis par les objets qu’elle transporte. Il sera prudent de vérifier avec l’assureur avant de vous mettre en route.

En cas de sinistre sur le trajet, plusieurs cas de figure.

1. Moto portée sur une remorque derrière une voiture :

  •  Vous tractez votre propre remorque avec votre voiture, l’attelage est percuté et la moto détruite. Dans ce cas, si vous n’êtes pas en cause, l’assurance du tiers responsable prend en charge, au titre de sa garantie Responsabilité civile, tous les dommages causés y compris ceux de la remorque et ce qu’elle transporte.
  • Si vous êtes garanti en Dommages tous accidents pour la voiture et la moto, c’est votre propre assureur qui fera l’avance du montant des réparations et exercera ensuite un recours auprès de l’assureur du fautif.
  • En cas d’accident où c’est votre responsabilité qui est totalement retenue et en l’absence de garantie Dommages tous accidents, vous ne serez pas indemnisé pour les dégâts subis par la voiture et la moto.
  • Si seule votre moto est garantie en Dommages tous accidents, les dégâts de celle-ci seront indemnisés par votre assureur.
  • Votre moto tombe sur la chaussée parce qu’elle est mal arrimée ou parce que les fixations ont cédé.
    Dans le cas où elle est couverte par une garantie Dommages tous accidents, vous serez également indemnisé pour les dégâts constatés. Mais sans cette garantie, il n’y aura aucune prise en charge. Seuls les dégâts causés à un tiers, au titre de votre garantie Responsabilité civile liée à la voiture, sont couverts.

2. Moto sur la plate-forme d’un camping-car :

  • Vous transportez votre moto à l’arrière d’un camping-car de location et elle est broyée contre un camion suite à une mauvaise manœuvre du camping-car, par exemple.
  • Là encore, la moto transportée ne sera pas couverte par l’assurance du véhicule de location, mais par ses propres garanties. L’assurance du véhicule loué prendra en charge les dommages causés au tiers.

3. En cas de vol :

  • Si la moto est garantie contre le vol, qu’elle soit dérobée sur la remorque, volée avec la remorque ou encore avec la remorque et la voiture, la compagnie d’assurance rembourse la moto, mais si et seulement si elle était protégée comme le contrat le stipule (antivol obligatoire conseillé par la société d’assurance, par exemple).
  • Attention, certains contrats pour les motos tout-terrain ne couvrent la moto contre le vol que lorsqu’elle se trouve remisée dans un garage privé et fermant à clef.

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Deuxième point, la moto.

De préférence et dans la mesure du possible, enlevez tout ce qui peut l’être, enlevez ou protégez tout ce qui peut plier ou casser.
Il est nécessaire d’alléger le plus possible la moto. Donc on vire tous les bagages qui sont amovibles, au minimum. Ou on vide la bagagerie fixe.

Par précaution, videz le réservoir d’essence ou tout au moins, évitez de charger la moto avec le plein d’essence…

Il est très important de protéger les parties peintes (carénage) de tout frottement, notamment sur les sangles d’arrimage.
Pour cela, prévoyez la dose de chiffons à glisser entre une sangle et un carénage.

Une fois la moto chargée, calez le moteur sur le premier rapport pour vous assurer que la machine ne bougera pas.
Le plus simple pour cela est de démarrer le moteur au point mort, de passer la première, au pied ou à la main, puis de sortir la béquille latérale (ou de lâcher l’embrayage en gardant le frein avant bien serré).
Lâchez ensuite le levier d’embrayage et essayez de faire bouger la moto d’avant en arrière pour bien vérifier que la première est enclenchée. Un jeu sur 10-15 cm de la roue arrière est normal.

Cela dit, certains conseillent de ne pas mettre de vitesse enclenchée pour éviter les contraintes sur les arbres de transmission.
Ceux-là préfèrent souvent fixer un élastique sur la poignée de guidon droite pour tirer et bloquer le levier de frein avant.
Encore un grand sujet de débats !

Attention ! Sur certaines motos, le calage à l’arrêt peut provoquer un important à-coup.
Dans ce cas, deux solutions :

  1. démarrer le moteur au point mort, passer la première et couper l’allumage au coupe-circuit d’urgence (n’oubliez pas de le réactiver ensuite) ou couper le contact à la clef ;

  2. il reste préférable de passer la première avec le moteur coupé, au pied ou à la main. Pour y arriver plus facilement, il peut s’avérer utile de faire légèrement bouger la moto d’avant en arrière sur 10-20 cm.

Dans tous les cas, veillez à :

  • couper le contact (ce serait bête de vider la batterie en laissant les feux allumés),
  • ne pas laisser la clef sur le contacteur (ne serait-ce que pour ne pas risquer de vous la faire voler lors d’un arrêt),
  • remettre la boîte au point mort pour décharger la moto.

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Troisième point, vous-même.

Que vous montiez sur la moto ou non, charger une moto sur une remorque s’avère TOUJOURS un moment délicat, qui peut déraper, même si vous l’avez déjà fait dix fois.
On peut se faire très mal en tombant d’une remorque ou d’une rampe, surtout si la moto vous tombe dessus.
Il y a eu des cas (rares) de motards gravement blessés, voire décédés, en se faisant écraser par leur machine de 350 à 450 kg…

On ne charge pas une moto en short et tongs !
Au minimum, portez un pantalon long et solide, des chaussures costaudes et des gants.
Si vous montez sur la moto, enfilez votre casque et fermez la jugulaire.

Il est TOUJOURS préférable d’être à deux pour charger la moto sur la remorque.
Surtout si vous n’avez pas encore l’habitude. Et plus encore s’il pleut ou que vous êtes sur de l’herbe humide ou autre surface glissante.

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Quatrième point, le matériel.

Les basiques : une remorque, des sangles et un rail d’accès.

Une bonne remorque doit être généreuse en crochets et points d’arrimage.
Quatre est un strict minimum, six est préférable.
Un « sabot » pour bloquer la roue avant, c’est encore mieux.

Un point essentiel : ne lésinez pas sur la qualité des sangles !
Il vous faut des sangles à cliquet et de préférence équipées de crochets aux extrémités : celles retenues par des systèmes à ergot sont moins efficaces car plus enclines à se détendre.
Les petits modèles à boucle autobloquante sont à réserver aux fixations annexes.
En achetant les sangles, vérifiez pour quel poids elles sont prévues, avec une marge de 100 kg par rapport au poids de votre moto.

Important : il faut au moins trois, plutôt quatre sangles principales.
Là aussi, la radinerie est mauvaise conseillère. Pas la peine de mettre dix sangles par moto, mais se contenter de deux sangles pourrait vous coûter bien plus cher…

Au cas où ce ne serait pas assez évident, le rail d’accès doit être solide et se fixer solidement !
On a vu beaucoup de rails improvisés se plier, casser, glisser, tomber…

Si la remorque est un peu haute et/ou que vous êtes petit(e), il est préférable de prévoir un second rail (assez solide pour supporter votre poids) qui vous permettra de poser vos pieds et de grimper sur la remorque sans jouer les équilibristes.
Si vous voulez absolument rester assis sur la moto, prévoyez un rail assez large (ou au moins des planches) pour poser vos pieds de chaque côté de la moto pendant le moment où ils vont quitter le sol jusqu’à pouvoir se poser sur le plancher de la remorque. C’est la phase critique, même si elle ne dure que peu de temps.

Idéalement, le rail d’accès est doté de rebords sur les côtés et peut se loger sur la remorque, évidemment bien fixé.

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Le chargement de la moto s’effectue en trois phases.

Phase 1 : la préparation

Positionnez la voiture sur un sol plat et plan, sans pente, ni dévers. Et de préférence sec…
Il est souvent conseillé de choisir une surface légèrement en descente pour faciliter l’arrimage de la remorque sur le crochet d’attelage. Il est évident que ce sera plus difficile dans une montée, même légère. Mais un sol en pente pourra aussi constituer une gêne quand il s’agira de faire monter la moto. Préférez un sol bien plat ou à peine en descente, c’est le mieux.

Arrimez la remorque au véhicule.
Placez la sécurité de la boule et la prise électrique.
Montez sur la remorque afin de voir que tout tient correctement et n’hésitez pas à la secouer, à sauter dessus.

Installez le rail d’accès et fixez-le bien.
Jusque là, en général, tout va bien !

Phase 2 : la montée de la moto

C’est souvent à ce moment-là que ça se corse…

Deux écoles s’affrontent : ceux qui préfèrent rester assis sur la selle et ceux qui préfèrent marcher à côté de la moto.
Aucune n’a pu prouver de réelle efficacité supérieure, on voit des chutes avec les deux méthodes.

Rester assis peut offrir une meilleure stabilité, à condition de pouvoir poser les pieds des deux côtés de la moto tout au long de la manoeuvre.

Personnellement, je préfère poser mes deux pieds bien à plat au sol en permanence et donc marcher à côté de la machine.
Cette méthode suppose toutefois de savoir trouver et maintenir le point d’équilibre de la moto, afin de ressentir le moins possible son poids.

Dans les deux cas, il s’agit de savoir trouver et garder le point de patinage de l’embrayage, afin de faire avancer la moto de façon fluide, sans à-coups, ni trop vite, ni trop lentement. Encore que « trop lentement » ne posera pas de problème si vous gardez bien le point d’équilibre de la moto.

Pour en savoir plus sur le point de patinage de l’embrayage, lire Maîtriser son embrayage.

Pour faire monter la moto sur le rail en douceur, quelle que soit votre méthode, démarrer le moteur, enclencher le premier rapport, poser un seul doigt sur le frein avant (sans serrer, juste pour être prêt à agir) et relâcher au point de patinage.
Pas besoin de mettre du gaz ! Avec une moto « gros cube », la poussée de la roue arrière donnée par le moteur au point de patinage de première est suffisante pour monter presque n’importe quelle pente. Avec un 125 ou un 50, un peu de gaz peut s’avérer nécessaire.

Même arrivé sur la partie plane de la remorque, faire avancer doucement la moto jusqu’à ce que le pneu avant touche l’extrémité du rail de maintien.

Vouloir faire monter la moto « en force », avec de la vitesse, se révèle très souvent une MAUVAISE IDEE !

Autre mauvaise idée : marquer un arrêt en cours de route, surtout au milieu du gué, au moment où le guidon est le plus haut et les pieds le plus loin du sol.
Beaucoup de pertes d’équilibre ont lieu à ce moment-là, notamment quand le motard veut aller trop vite, monter la rampe avec de la vitesse, puis freiner (avec le frein avant à quatre doigts) pour ne pas arriver trop vite sur le plateau…

Phase 3 : l’arrimage

Autre moment délicat…

Si votre remorque comporte un plancher, vous pouvez béquiller et dans ce cas opérer tout seul.
Sinon, il est préférable qu’une deuxième personne tienne la moto pendant que vous positionnez les sangles.

Les deux sangles essentielles sont à accrocher de chaque côté du guidon, au plus près des tubes de fourche. La tension permet de comprimer la fourche en bloquant la roue avant.
Il faut que les sangles décrivent une ligne droite, sans points intermédiaires, sans se coincer ni frotter contre des éléments de carénage, ni des durites ou autres câbles.

Il existe des « manchons » qui permettent de bien prendre les poignées de guidon sans s’approcher du cadre, donc sans risquer de pincer un élément flexible fragile.
A privilégier pour un usage régulier.

Evidence (mais ça va mieux en le disant) : les sangles se fixent sur des éléments non mobiles, rien qui puisse plier ou casser ou s’user (peinture).
Et c’est valable pour les deux extrémités !
Les (bonnes) remorques sont pourvues d’emplacements spécifiques pour arrimer (boucles, crochets, trous).
Sur la moto, les endroits qui peuvent supporter de fortes contraintes sont le cadre de la moto, le té de fourche du bas, le bras oscillant, les platines de repose-pieds, le guidon…
Des éléments comme les repose-pieds, les poignées passager ou le silencieux d’échappement pourraient être abîmés par le poids de votre machine.

Installez d’abord les sangles sans les tendre, afin de vérifier leur bon emplacement, que rien n’entrave leur parcours, qu’elles ne vont pas bouger.
Il faut que deux sangles partent du guidon, vers la droite et la gauche, formant un angle de 45 degrés par rapport à la machine et dont la force de traction doit s’exercer vers l’avant.

A l’arrière, on suivra la même démarche.
Car selon le relief ou les pièges de la route, votre moto va être amenée à bouger à la fois vers l’avant et vers l’arrière. Il faut que votre machine soit retenue aux quatre points cardinaux.
Cela dit, si les sangles de devant doivent être orientées à 45 degrés vers l’avant, celles de derrière doivent par contre être perpendiculaires à la moto. Car si on tire vers l’arrière, la moto ne sera pas calée dans l’arceau ou le bloque-roue.

En résumé : les sangles à l’avant doivent tirer sur les suspensions vers l’avant (mais pas trop, car c’est inutile).
Les sangles à l’arrière servent surtout à éviter que l’arrière de la moto ne bouge.

Une fois vos sangles installées, appliquez-vous à les tendre, tout en positionnant la moto le plus droit possible.
Il s’agit juste d’empêcher :

  • l’inclinaison de la moto pendant le trajet,
  • le roulement vers l’avant ou l’arrière,
  • la glisse des pneus latéralement, vers la droite ou la gauche.

De la même manière que l’on dévisse les quatre écrous d’une roue de voiture crevée en donnant des petits coups de clé et en faisant quelques cycles de rotation d’un écrou à l’autre, on tend les sangles progressivement, en passant d’une sangle à l’autre, de préférence en opposé diamétral (en croix)… de manière à ce que la machine ait toujours globalement la même force de tension qui s’applique à elle.

Rappel : si les sangles viennent en contact avec des parties de carénage, installer des mousses ou des chiffons pliés entre le dessous des sangles et ces parties.
Veillez à ce que les protections soient bien comprimées pour ne pas qu’elles s’envolent sur le trajet.

Laissez un peu de jeu aux suspensions ! 
S’il faut s’assurer qu’elles soient bien sous tension (pour écarter tout risque de saut ou de détente des sangles), il faut éviter de les compresser complètement.
Cela empêcherait la moto de réagir aux bosses de la route et pourrait endommager les suspensions (fourche et amortisseurs).
Il faut trouver un juste milieu entre les deux : la fourche doit s’enfoncer sans talonner. On trouve le bon réglage rapidement avec l’habitude.

Enfin, une petite sangle autobloquante (ou une corde bien nouée) peut servir à maintenir la roue avant fixée à l’arceau.
Autre solution, installer un bloque-roue, bien fixé latéralement par des sangles à cliquets, qui vous permettra de bloquer la roue avant vers l’avant et vers les côtés. Très utile si vous utilisez une remorque à plateau sans arceau moto.

Cette configuration d’arrimage suffit dans la majorité des cas.
Les plus angoissés rajoutent une dernière sangle pour empêcher la roue arrière de quitter le rail (surtout s’il n’est pas doté de rebords).

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Arrimer seul une moto non béquillée dont la roue avant n’est pas maintenue dans un sabot s’avère un délicat jeu d’équilibriste qui peut mal finir…

Une astuce consiste, avant de charger la moto, à préparer une sangle sur le côté gauche de la remorque, à portée de main. Une fois la moto montée sur le rail, il s’agit d’attraper cette sangle et de l’accrocher à un point fixe et solide (platine, cadre) avant de la détendre un peu pour que la moto penche du côté opposé, de quelques degrés.
La moto se trouve penchée d’un côté mais retenue par la sangle, ce qui permet alors de placer les autres sangles une par une (sans les tendre).
Enfin, on termine par tendre les sangles, une par une, en croix.

Si vous savez à l’avance que vous allez devoir opérer seul, il est préférable de s’entraîner à l’avance, avec une personne qui assurera la moto, prête à la rattraper en cas de perte d’équilibre. Avec une moto de plus de 250 kg, prévoir deux autres personnes en plus de vous lors des phases d’entraînement.

 

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Après le chargement

Lorsque tout est sanglé, secouer la machine pour s’assurer qu’elle est solidaire de la remorque et resserrer légèrement les sangles.
La moto ne doit faire qu’une avec la remorque : quand vous essayez de bouger la moto, c’est l’ensemble moto-remorque qui doit réagir, comme si les deux étaient fixées ensemble.

Ne pas oublier d’enrouler et/ou nouer tout bout de sangle libre de plus de 20-30 cm afin d’éviter qu’ils ne traînent par terre ou, pire, s’enroulent dans les roues de la remorque.

Tout de suite après avoir arrimé la moto, puis de nouveau juste avant de partir (surtout s’il s’est écoulé un laps de temps entre ces deux moments), vérifiez et revérifiez TOUTES les sangles d’arrimage.

Au bout de quelques (dizaines de) kilomètres, arrêtez-vous et vérifiez encore l’ensemble des sangles.

Si vous effectuez un arrêt en cours de route et que vous perdez la remorque de vue (genre repas au restaurant), mettez un antivol homologué sur la moto et vérifiez de nouveau les sangles avant de reprendre la route.
C’est arrivé à des copains, on a essayé de voler leurs motos sur la remorque, les voleurs avaient commencé à desserrer les sangles, mais ils ont probablement été interrompus dans leur sale travail. Mes amis se sont aperçus au bout de quelques kilomètres que les motos bougeaient beaucoup, ils ont heureusement pu s’arrêter avant que l’une tombe…

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A l’arrivée

Procédure inverse : installez d’abord le rail, défaites doucement les sangles une par une et en croix, faites descendre la moto sans moteur en marche arrière (de préférence en marchant à côté de la moto avec un doigt sur le frein avant), sans vous arrêter au milieu du rail.

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Quelques conseils en vrac

Tasser la moto avec une sangle sur la selle ne l’empêchera pas de bouger latéralement (par contre, cela peut accélérer le vieillissement de la selle).

Si vous embarquez deux motos, il faudra de préférence en monter une en avant et l’autre (la plus légère) en arrière, afin que les guidons ne se touchent pas.

Certaines motos ont des guidons montés souples, voire très souples : nombre de gros customs, en l’occurrence. Vous risquez de les vriller en arrimant par le guidon. A l’avant, on pourra prendre un élément du cadre comme point d’attache.

Une cale placée entre le té inférieur de fourche et le pontet rigidificateur (ou le garde-boue) évite d’endommager les joints spi (surpression) et améliore la stabilité de la machine.

Plusieurs marques commercialisent des « bloque fourche », accessoires qui bloquent la fourche sans comprimer les ressorts, ni mettre l’huile sous pression.
Cette astuce n’est toutefois pas nécessaire pour un transport occasionnel. 
Il suffit de réduire au maximum la durée de la contrainte appliquée à la fourche, en chargeant la moto au moment du départ et en la libérant des sangles dès l’arrivée.

  7 comments for “Charger sa moto sur remorque

  1. dd55
    6 décembre 2017 at 21:10

    bonsoir
    il y a une erreur concernant les permis B96 et BE .
    Le B96 consiste en une formation de 7h et autorise de rouler avec un ensemble jusque 4250 kg de PTAC .
    Le BE est un examen théorique et pratique qui autorise un ensemble allant au delà .
    Cordialement

    • FlatFab
      7 décembre 2017 at 20:01

      Exact, je m’avions gouré. C’est rectifié. Merci !

  2. charles
    6 décembre 2017 at 13:38

    Bonjour FlatFab,

    Est il possible de m éclairer (dans le cas d un dépassement de PTAC) ,sur la signification précise de cette phrase ;  » il est nécessaire d’obtenir un permis E/B, remplacé depuis janvier 2013 par la formation dite « B96 » qui donne le permis BE (qui remplace le permis E). »
    Merci d avance et un très grand bravo pour tout ce que vous nous apportez en information.

    • FlatFab
      7 décembre 2017 at 20:02

      En fait, j’avais un peu mélangé deux phrases en une. C’est rectifié.

  3. Vérobike
    6 décembre 2017 at 10:43

    Merci pour cet article. Je n’ai jamais eu besoin d’emmener ma moto sur une remorque mais ça peut venir, et je serais ravie de savoir comment faire. Encore et toujours le secret réside dans la maîtrise du point de patinage ! Depuis qu’on l’a travaillé au stage avec toi, ma vie de motarde s’en est trouvée transformée !

  4. 6 décembre 2017 at 09:45

    Juste pour te signaler une petite erreur qui a échappée à ta vigilance dans le « premier point… » :

    « Dans le cas d’une seule moto sur une *moto* à un ou deux rails, pas de souci, on reste en dessous de 750 kg. »

    A corriger par « remorque ».

    (commentaire à effacer après correction)

    • FlatFab
      6 décembre 2017 at 11:57

      Bien vu. Corrigé. Merci !

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