Devenir un meilleur motard (2/3)

Si vous êtes lecteur de ce site, c’est probablement que vous voulez vous améliorer dans votre pratique du deux-roues, et plus particulièrement de la moto, pour vous sentir plus à l’aise au quotidien, en balade, en voyage. Voyons comment vous donner les moyens d’une meilleure aisance.

Deuxième partie d’une série de trois articles.
Retrouvez la première partie ici !

L’objectif de ce site est de vous donner une plus grande aisance en selle.
C’est vous ensuite qui décidez de ce que vous voulez faire de cette aisance accrue. La plupart vont l’employer à une meilleure sécurité, d’autres vont viser à augmenter leur performance, d’autres vont rechercher un compromis vers plus de performance mais en gardant toujours une marge de sécurité.
Cela relève de votre décision personnelle, de votre libre arbitre.

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« Pour tous ceux qui n’ont pas passé la moitié de leur vie à essayer d’aller vite à moto et qui veulent juste s’amuser, c’est en progressant techniquement qu’ils vont apprendre à se sortir de situations périlleuses, et pas juste en réduisant leur vitesse. Sinon, ça n’avance plus et il n’y a plus de plaisir. C’est la formation et l’apprentissage qui font que tu te préserves et que tu peux rouler en sécurité. »
(extrait du hors-série Pilotage sur route de « Motos & Motards », 2014

Qui dit cela ? Pas un ponte de la Sécurité Routière, mais Denis Bouan, neuf fois vainqueur du Dark Dog Moto Tour et aussi champion de France Supersport en 2011, un pilote professionnel qui connaît aussi bien le circuit que la route et qui se frotte régulièrement aux autres disciplines moto.

Que dit-il d’autre ?

« Quand on débute, on est tellement accaparé par la technique de pilotage, il y a tellement de choses sur lesquelles on doit se concentrer, que l’on est incapable de regarder ce qui se passe autour de nous. A partir du moment où l’on peut se concentrer sur ce qui nous entoure sans se faire dominer par la technique de pilotage, on peut rouler vite. C’est comme si on plaçait son cerveau devant la moto pour observer ce qui nous entoure (…) C’est cet ensemble qui permet d’anticiper les difficultés, d’améliorer son placement, ses freinages, ses accélérations et de rouler à un bon rythme sans prendre de risque, sur une route que l’on découvre.« 

Vous devez devenir capable d’observer et de vous souvenir de ce que vous faites à moto.
Autrement dit, vous devez vous comporter en « scientifique », en observateur attentif de votre propre conduite.

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Première chose, ne vous dévalorisez pas.

Beaucoup de motards ont la mauvaise habitude de parler en termes négatifs de leur conduite, ils ne parlent que de ce qu’ils ont mal fait ou n’ont pas fait – à leur sens. Ils emploient des tournures négatives, des verbes de privation. Mais la pensée négative est improductive.
Comment voulez-vous tirer une information utile de ce que vous pensez n’avoir pas bien fait, d’actions que vous auriez presque faites ?
Si vous êtes resté sur la moto, c’est que vous avez fait plus de bonnes choses que de mauvais, non ?

Deuxième chose, pensez en termes positifs, focalisez sur ce que vous avez fait.

Le seul moyen de changer votre manière de rouler est de changer ce que vous faites, ce qui a été fait. Et non ce qui n’a pas été fait.
Vous n’avez fait que ce que vous avez fait. Changer quelque chose que vous n’avez pas fait est impossible. Si vous savez ce que vous avez fait, quelles actions précises vous avez effectué, réellement et pratiquement, vous disposez d’une bonne base de travail pour les corriger.

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Une fois ce point bien posé et compris, comment développer cette capacité à rouler et observer en même temps ?

La réponse est bête comme chou : il vous suffit de décider de le faire.
Vous allez devoir faire un effort pour observer ce que vous faites tout en le faisant.

Essayez au moins une fois, un jour où vous vous sentez en forme, lors d’une balade dans des conditions idéales ou presque : en solo, par beau temps, en campagne / montagne, sans impératif, sans rien qui presse, sur un trajet que vous connaissez au moins un peu…

Commencez à rouler, tranquillement, et faites comme si vous vous filmiez, comme si vous vouliez enregistrer mentalement votre position de conduite, votre gestion de l’allure, votre trajectoire, votre travail de regard. Et ce, en continu, quasiment à chaque seconde ou tout au moins à chaque changement d’une de ces quatre grandes composantes, elles-mêmes subdivisées en de nombreux éléments.

La première chose que vous allez remarquer est que vous allez forcément rouler plus lentement que d’habitude.
Conduire et s’observer, comprendre ses actions et réactions demande une grande concentration, beaucoup d’attention. C’est fatigant. Vous ne pourrez pas rouler aussi vite que d’habitude car une bonne partie de votre capacité de vigilance sera dirigée « en dedans », vers vous-même.

C’est pourquoi beaucoup de motards ne s’astreignent pas à cet exercice ou y renoncent très vite.
N’abandonnez pas, accrochez-vous, acceptez de rouler moins vite. Acceptez de consacrer plus de votre attention à observer, à « regarder », et moins à faire, à conduire.

Pour vous aider à « mieux » regarder, lisez l’article « Où regarder en roulant à moto ? »

Quand vous commencerez à fatiguer, à enchaîner des erreurs que vous ne faites pas d’habitude, arrêtez-vous. Faites une pause et réfléchissez à ce que vous venez de faire et d’observer. Repassez-vous le film de vos actions dans votre tête.

Ensuite, quand vous vous sentirez reposé, repartez en roulant « normal », sans vous observer.
Vous devriez constater un de ces deux phénomènes :

  • vous roulez plus vite que d’habitude, ou…
  • vous roulez au même rythme, mais plus facilement, avec plus d’aisance.

Si vous possédez une bonne capacité d’apprentissage, il est possible que vous cumuliez les deux phénomènes.

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Rouler avec moins d’effort, plus d’aisance signifie que vous consacrez plus d’attention à vos prises de décision et moins à réagir à l’imprévu.
Comme pour toute activité, quand vous allez commencer à observer votre conduite, cela va vous demander beaucoup de concentration. Au fil du temps, de la pratique, vous y consacrerez de moins en moins de votre capacité de vigilance. Cela peut prendre des mois, voire des années, en fonction de votre kilométrage annuel.

Les motards qui ne font que rouler, sans s’observer, pensent que tout ce qui est arrivé, tout ce qu’ils ont fait devra être reproduit à l’identique, dans le même ordre, afin de répéter tout le temps la même bonne performance.
C’est un des éléments qui rendent le motard « superstitieux ». Parce qu’ils ne savent pas ce qui leur a permis de bien faire, ils vont tâcher de conserver tous les facteurs identiques, de reproduire toujours la même situation que celle où ils ont la sensation que cela s’est bien passé.
C’est ainsi que certains ne roulent que dans certaines conditions précises, notamment climatiques. D’autres passent tout le temps par les mêmes routes. D’autres ne vont vouloir rouler qu’avec un certain type de motos.

Il n’y a pas de mal à vouloir reproduire une séquence d’actions positive.
Mais si vous voulez progresser, vous améliorer, il faut que ce soit parce que vous aurez compris ce que vous avez fait et que vous aurez décidé quelles actions fonctionnent le mieux, pour vous, dans cette situation.
Et non par peur de changer une de ces actions parce que vous n’aurez pas compris ce qu’elle entraîne.

Exemple : vous vous êtes engagé dans un virage un peu (juste un peu) trop vite et votre trajectoire s’élargit.
En temps normal, en dehors de votre démarche « scientifique » d’observation, sans doute auriez-vous tout fait pour revenir sur la trajectoire dont vous avez l’habitude. Mais quand vous avez commis une erreur, essayer désespérément de revenir à l’idéal, à ce que vous connaissez, ne vous apprendra rien… si ce n’est que vous avez commis une erreur.

En assumant votre erreur jusqu’au bout, en acceptant cette nouvelle trajectoire (tant qu’elle ne vous met pas en danger, évidemment), en admettant de sortir plus large que d’habitude sur ce virage avec visibilité où vous voyez bien que personne n’arrive en face… vous allez apprendre, comprendre, engranger de l’information sur comment réagir, au cas où la même situation devrait se répéter.

Même si tout ce que vous faites diffère légèrement de l’idéal, change un peu par rapport à ce que vous aurez lu ici, et bouscule vos habitudes / certitudes… au moins vous saurez ce qui se passe, vous aurez expérimenté autre chose : c’est le point de départ du changement.

De toute façon, dites-vous bien qu’au moment où vous constatez votre erreur, il est trop tard pour la corriger.
Votre tentative de correction risquera juste d’entraîner une « réaction instinctive de survie » (avant tout, couper les gaz) qui va aggraver les choses. Tant que la situation reste gérable, assumez votre erreur, essayez d’en tirer le meilleur parti possible. Comprenez ce qui a causé votre erreur et corrigez ce facteur.

Poursuivons notre exemple : vous êtes arrivé un peu trop vite sur un virage et vous vous rendez compte que vous allez sortir un peu plus large que d’habitude, sans pour autant que cela cause un danger (il vous reste de la marge ou personne n’arrive en face).
Plutôt que de couper les gaz et/ou de freiner pour tenter de corriger la trajectoire, gardez-la. Conservez surtout votre accélération (ne coupez jamais complètement les gaz !!!), mais forcez-vous à regarder plus loin. Ou poussez plus fort sur le guidon intérieur. Ou appuyez plus fort sur le pied intérieur. Ou rétrogradez un rapport. Ou tout cela à la fois, si vous arrivez à y penser. Voyez ce qui est le plus efficace pour vous dans cette situation.

Et comprenez ce qui a causé l’erreur initiale.
En l’occurrence, ce n’est peut-être pas tant que vous arriviez « trop vite », mais peut-être que vous avez mal placé votre regard, pas regardé assez loin. Ou que vous avez mal choisi votre point d’entrée.

Pour comprendre ce qui ne va pas, arrêtez-vous et repassez-vous le film exact de vos actions : quelle est la dernière chose que vous avez faite avant de vous rendre compte que ça n’allait pas ?
La source du mal, la cause de l’erreur est dans l’action ou la décision prise et mise en oeuvre juste avant que le problème apparaisse.

Restons sur l’exemple de la trajectoire trop large.
Beaucoup de motards ne penseront qu’à la vitesse (« j’allais trop vite ») ou penseront en termes négatifs (« j’ai tourné trop tard » ou « je n’ai pas tourné assez tôt »). Ce qui n’apprend rien.
Il faut de la réflexion (et un peu d’expérience) à un motard pour se rendre compte qu’en fait, il a dirigé la moto vers le dernier point qu’il a fixé du regard et que le problème ne s’est pas présenté DANS le virage, mais bien AVANT le virage. Son action a été dictée par une décision, un placement du regard qui n’était pas dirigé vers la vraie sortie du virage, mais là où il croyait devoir aller.

Or il est bien évident que si vous vous fondez sur une fausse explication du problème, la solution que vous apporterez sera nécessairement fausse aussi…

Il ne s’agit pas d’être seulement capable de bien rouler. Pour s’améliorer, il faut comprendre ce que vous faites et donc être capable de rouler et d’observer.

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Très bien, tout ça, mais où voulons-nous aller ?  Vers quel but devons-nous tendre ? Que devons-nous comprendre ?
Comment la compréhension de nos actions peut-elle faire de nous de meilleurs motards ?

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La suite de la série anglaise « Never too good », avec cette fois les épisodes 2 et 3 :

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