Comment « bien » commencer la moto

Avec la réforme du permis moto en 2013 et le report à 24 ans du seuil d’accès aux motos « gros cubes » sans limitation de puissance, beaucoup d’aspirants motards de 18 à 24 ans s’interrogent sur l’opportunité de commencer plutôt avec une moto 125 ou avec une moto A2, voire d’attendre pour obtenir le « A direct ». Mais la question se pose à tout âge pour certains et certaines qui tiennent avant tout à apprendre le mieux possible, à faire leurs premiers tours de roues en sécurité, pour « bien » commencer la moto.

Merci à Vayann (et quelques autres) pour l’idée de cet article !

Pour en savoir plus, lire les articles suivants :
Les catégories de permis moto
Les différents types de motos
Choisir sa moto 125
Choisir entre scooter et moto

Dans le domaine sportif, tout le monde reconnaît l’avantage d’une initiation dès le plus jeune âge et d’un apprentissage continu et progressif.

Les exemples ne manquent pas de champions moto qui ont commencé la moto très jeunes, avec une progression lente dans les cylindrées et les puissances, avec un parcours graduel dans les différentes catégories des différentes disciplines sportives motocyclistes.
On est tous d’accord que ce sont souvent ceux qui ont commencé le plus jeune qui arrivent au meilleur niveau à l’âge adulte.

Si notre objectif est de pratiquer la moto avec la meilleure sécurité possible (sachant qu’elle ne sera jamais totale), il faut convenir que cet objectif s’exerce sur tous les tableaux : équipement motard, véhicule, entretien… mais aussi apprentissage progressif, qualité de la formation initiale, entraînement régulier avec des formations complémentaires…
Le tout visant principalement à une maîtrise optimale de l’environnement : il s’agit d’être assez à l’aise sur sa machine pour ne pas avoir à réfléchir à ses actions quelle que soit la situation, et ainsi concentrer 95% de ses ressources mentales à l’observation de l’environnement de conduite (trafic, chaussée, autres usagers partout autour) car c’est cette observation-analyse, rapide et correcte, qui fera véritablement la sécurité de conduite.

La recherche scientifique sur l’apprentissage de la conduite moto, en particulier sur l’évaluation de l’efficacité des programmes de formation à travers de la mesure de la rétention des habiletés de conduite acquises en formation moto, a mis en lumière que les élèves qui ont le plus appris à court terme montrent à long terme la plus forte perte de savoir-faire.

Les stages « en accéléré », par exemple, conçus pour réussir l’examen de conduite le plus rapidement possible, sont un nid de mauvaises habitudes qui font le lit de comportements accidentogènes.

L’expérience acquise de façon progressive, à la fois dans le temps et dans l’accession à la puissance, est la clef de la sécurité à moto.

L’ennemie du motard, c’est une formation :
– centrée sur le seul maniement du véhicule,
– concentrée dans le temps,
– qui donne accès de suite à des motos puissantes.

Dans l’idéal de mes rêves de formateur en sécurité routière, il faudrait une formation assez longue (20 à 30 heures), mais surtout étalée dans le temps, avec une prise d’expérience progressive, avec plusieurs passages en établissement de formation au cours de cette initiation sur la route, accompagnée d’une accession à la puissance par étapes, par paliers, et ce pour tous les apprentis motards, sans condition d’âge ni d’ancienneté de conduite.

Car l’apprentissage de la conduite (et non du seul maniement des commandes) se fait avant tout par l’expérience, sur la route, dans la circulation. C’est là que s’acquiert l’anticipation, l’observation, la détection des dangers, l’analyse des situations de conduite… toutes choses qui font la sécurité de conduite, bien plus que la parfaite maîtrise du véhicule.

* * *

321lets-goSur ces bases, pour quelqu’un qui n’y connaît absolument rien de rien à la moto, notamment qui n’a jamais manié une boîte de vitesses moto, le passage par la 125 est utile.

Si vous avez plus de 20 ans, je vous conseille de commencer de suite en 125, avec la formation de sept heures (à condition de déjà posséder votre permis B depuis au moins deux ans), éventuellement complétée par deux à trois heures de plateau supplémentaires pour être bien à l’aise, voire par un stage de perfectionnement d’un à deux jours.

Achetez une moto 125 d’occasion à 1.000 euros (disons, entre 800 et 1.500 euros) et bien sûr, un équipement de protection complet de qualité qui servira de toute façon, que ce soit sur une 50, un 125 ou un 500. Et roulez !
Mais surtout, continuez à vous entraîner régulièrement à des exercices pour le maniement à basse vitesse, l’évitement, le freinage…
Lisez les fiches du livret moto et/ou les articles de ce site.

Six mois ou un an plus tard, le temps de mettre des sous de côté (compter entre 500 et 1.000 euros), passez le permis A2, ce qui se fera facilement grâce à l’expérience et à l’entraînement, sans avoir besoin de repasser le code si vous avez votre permis B depuis moins de cinq ans.

Prenez ensuite (sans urgence, puisque vous aurez déjà une moto 125) une moto A2, ce qui permettra de revendre la 125 et donc de récupérer une bonne partie de l’investissement de base.

Deux ou trois ans plus tard, vous passerez la formation complémentaire pour prendre une moto A. Cette formation de sept heures coûte entre 200 et 350 euros, mais qui seront à payer dans deux à trois ans. Largement de quoi les mettre de côté d’ici là, surtout qu’ils pourront être financés par la revente de votre moto A2.

En résumé, si vous passez par la 125, puis par le permis A2 avec une moto de moyenne cylindrée (250 à 650 cm3) pour rouler le plus tôt possible, vous allez :
– acheter une moto moins chère qu’un gros cube à l’achat et en assurance,
– accumuler du bonus d’assurance moto ;
– économiser par rapport à une voiture (en carburant, temps gagné, facilité de déplacement).
Et surtout, vous allez acquérir de l’expérience et rouler ainsi plus en sécurité, avec un accès progressif à la puissance : moins de crispation, moins de fatigue, plus d’aisance.
Au final, cela ne vous aura pas coûté plus cher, financièrement parlant, et vous roulerez bien plus en sécurité.

* * *

Pourquoi dis-je que cela ne vous coûtera pas plus cher ? Parce qu’une moto, ça se revend, contrairement à des heures de cours !

A moins de déjà posséder une expérience de conduite moto (en moto 50 cm3, en enduro ou cross ou trial ou circuit), il est très probable que les 20 heures de formation prévues dans les forfaits pratiqués par 99% des écoles moto ne suffiront pas. D’expérience, la plupart des élèves débutants mettent entre 25 et 35 heures de cours pour atteindre le niveau requis par l’examen.

Je dis « la plupart », car parfois, on atteint facilement les 40 ou 50 heures. Avec un coût horaire entre 35 et 50 euros, cela commence à représenter un bon petit gouffre financier.
Sans compter que certains profils plus difficiles dépassent exceptionnellement les 60 heures.
Certes, cela ne concerne que 1 à 5% des élèves, mais pour ces gens-là, ça compte !

Et encore, en espérant que vous passiez réellement ces heures au guidon, sur la moto, à vous entraîner…

Dans beaucoup de grandes agglomérations, notamment en Ile-de-France, la piste d’entraînement se situe à au moins 10 minutes de route, parfois 30, voire jusque 45 minutes de trajet aux heures de pointe !
Une fois sur place, il faut encore que le formateur installe les parcours (plots et piquets). Tout cela doit être répété en sens inverse à la fin du cours.
Et encore, en espérant que le formateur commence bien à l’heure et ne vous fasse pas terminer cinq à dix minutes plus tôt, surtout en fin de journée…

Il n’est pas rare qu’une session de deux heures comprenne en réalité 1h15 d’entraînement ou que vous ne fassiez que deux heures sur trois heures décomptées.

Sans compter qu’une partie de ce temps peut être passée à attendre que votre parcours d’entraînement soit libre, si jamais la piste est partagée entre deux, trois, voire cinq écoles, comme on le voit parfois…

Dans ces conditions, même si vous vous débrouillez bien, vous allez très vite arriver à 30 ou 40 heures de formation, que vous devrez payer avant de présenter l’examen.

Si jamais vous échouez à votre première présentation au plateau (comme 50% des candidats en moyenne), vous devrez payer de nouveau des frais de présentation (qui vont totalement dans la poche de l’école, pas de l’administration), et bien sûr reprendre des heures de cours pour ne pas perdre votre niveau en attendant une date de prochaine présentation, ce qui peut prendre plusieurs semaines, voire deux à trois mois en région parisienne.

Tout cela, sans aucun espoir de remboursement, de retour sur investissement, sans même que cela vous garantisse forcément une meilleure formation…
Moralité : il vaut mieux faire en sorte de payer le moins possible d’heures de cours et de frais d’examen !

Pour cela, avoir sa propre moto, qui permet de s’entraîner par soi-même, quand on veut, seul(e) ou avec des potes, c’est quand même vraiment plus pratique. D’autant plus que tous les parcours, les conseils, les techniques sont disponibles sur ce site…

De plus, dans les moments de découragement, de démotivation, les périodes de « palier d’apprentissage », où on a l’impression de ne plus progresser, voire les périodes de régression (après une chute, par exemple)… avoir sa propre moto et rouler permet de se ressourcer, de reprendre confiance, de se dire que, tout de même, on sait conduire une bécane, de retrouver le plaisir de se balader la truffe au vent, et non juste de suer sang et eau sur un plateau.

D’autant plus qu’il n’y a pas que le permis ! Et surtout pas que le plateau…

N’oubliez pas que le but final de toute votre formation, c’est de rouler en sécurité sur la voie publique, au milieu du trafic.

L’expérience acquise en circulation est fondamentale.
Car votre formation en circulation restera le plus souvent réduite à la portion congrue : deux heures, éventuellement trois, voire quatre…

Dans la plupart des écoles moto, ça s’arrête là.
Très rares sont celles qui dispensent les 12 heures de cours de route qui sont normalement prévues par la réglementation française.
Et parmi celles qui le font, très très peu vous font vraiment passer ces 12 heures au guidon. En général, ce sera au mieux quatre à six heures au guidon et le reste en « écoute pédagogique », à regarder les autres, ou à écouter le formateur en salle.

Pire encore, nombre d’écoles vous décompteront comme heures de cours en circulation le temps passé à vous rendre du garage à la piste d’entraînement, à chaque fois sur le même trajet où vous n’apprenez rien, quand vous avez la chance de ne pas rester coincés dans les embouteillages…

Une raison de plus d’acquérir par vous-même de l’expérience sur la route, en respectant bien sûr les principes d’une conduite adaptée à l’examen en circulation.
Pour cela, lire l’article L’examen du permis moto – La circulation.

Conclusion : à mon sens, commencer directement sur un gros cube sans expérience moto, c’est juste le meilleur moyen de payer des heures de cours supplémentaires, et surtout après le permis, de prendre le risque (certes pas vérifié à chaque fois, heureusement) de faire une connerie que vous risquez de regretter TRES longtemps et qui pourrait vous coûter TRES cher, à tout point de vue.

Petite remarque sur cette vidéo : l’auteur précise que pour choisir sa moto, il faut tenir compte de sa maturité mentale, en mentionnant notamment que « tu peux avoir 40 ans et rester un petit con ».
C’est vrai, mais tout le problème justement est que le petit con… ne sait pas qu’il l’est !
Comme le dit le sage, les gens intelligents passent leur temps à se demander s’ils le sont, alors que les cons ne se posent pas de question.
DONC on ne peut pas se fier à l’auto-évaluation en matière d’intelligence et de maturité, surtout pour ce qui concerne la moto.

* * *

ATTENTION !

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit…

Cet avis, qui m’est personnel et issu de mon expérience de formateur moto depuis 2008, ne vaut pas pour TOUT LE MONDE.
J’ai bien précisé à plusieurs reprises que je parlais pour les débutants complets, celles et ceux qui n’ont jamais conduit de moto.
Si vous savez déjà manier une moto, il est possible que vous soyez au niveau de l’examen en moins de 25 heures et dans ce cas, lancez-vous !

Mais ne vous mentez pas à vous-même sur votre niveau !

Quand on vous demande si vous êtes déjà monté sur une moto, ne répondez pas « oui » parce que vous avez déjà enfourché une moto une fois à l’arrêt (c’est du vécu)…
Si vous avez juste fait deux heures de moto 50 cm3 il y a dix ans, ce n’est pas ce que j’appelle « avoir conduit une moto »…
Ce n’est pas non plus parce que vous avez fait un peu de cross dans les champs une dizaine de fois quand vous aviez 15 ans que vous saurez maîtriser une moto gros cube avec toute la finesse que demandent les parcours de l’examen plateau.
Votre expérience en scooter ne compte pas non plus (ou très peu), quelle qu’elle soit.

Pour espérer être prêt en 20 heures, il faut avoir déjà pratiqué réellement la moto, de préférence à bon niveau (entraînement régulier ou compétition) ou circulé pendant au moins un an en continu, sur des machines d’au moins 125 cm3.

Bien sûr, il existe toujours des exceptions, mais ce postulat reste vrai pour la très grande majorité des cas.

* * *

Autre point : le passage par la 125 n’est évidemment possible que pour les usagers qui en ont le droit.

Si vous avez moins de 20 ans ou moins de deux ans de permis B, il ne vous sera pas possible de suivre la formation de sept heures pour obtenir l’équivalence du permis A1 (permis moto 125).

Dans ce cas, si vous voulez passer par la 125, il vous faudra passer le permis A1 avec examen, qui est exactement le même que pour les catégories A2 et A. Sauf que les épreuves pratiques se font sur une 125, ce qui facilite les choses pour le parcours lent mais les complique pour les parcours rapides.

Si vous avez plus de 18 ans, je vous conseille alors de préparer directement le permis A2. Ce qui ne vous empêchera d’ailleurs pas de commencer avec une moto 125, souvent moins chère à l’achat et toujours moins chère en assurance.

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Dernier point, une moto 125 n’est pas un gros cube !

Cela peut paraître évident, mais beaucoup de novices ne mesurent pas la différence énorme qui existe entre les motocyclettes dites « légères » (les 125 ou moins) et les motos dites « gros cubes » (250 cm3 et plus).

La différence de poids est vraiment très importante, vous la ressentirez de suite.
Une moto 125, cela pèse dans les 100 à 120 kg environ, 150 pour la plus lourde (la Honda Varadero). Une moto gros cube pèse au moins 180 kg et la plupart des roadsters d’entrée de gamme en 500 ou 650 cm3, qui sont utilisés en école moto, pèsent aux environs de 200 kg.

La différence de gabarit est également sensible : hauteur de selle, finesse du réservoir et de la selle, empattement (longueur de la moto), largeur du guidon…
Une moto 125, c’est vraiment facile à prendre en main, c’est très pratique pour les petits gabarits. Un gros cube, plus haut, plus large, avec ses pneus deux fois plus larges et un rayon de braquage bien plus important, c’est vraiment autre chose.

La différence de puissance et donc de rapport poids/puissance est tout aussi conséquente.
Le moteur d’une moto 125 est bridé à 15 chevaux maximum et bon nombre affichent moins que ça, entre 11 et 14 ch. Un gros cube, c’est au minimum 34 chevaux, souvent 48 pour les motos A2, voire 60 à 75 ch pour les moins puissantes des motos de catégorie A. Certes, elles sont deux fois plus lourdes, mais elles sont surtout quatre à cinq fois plus puissantes et coupleuses…

Du coup, le maniement de ces deux types de moto diffère beaucoup.
Une 125, ça peut se manier presque tout à l’accélérateur, la faible puissance et le très faible couple pardonnent facilement les approximations. Un gros cube, ça ne pardonne pas… Il faut savoir gérer l’embrayage et ça ne s’invente pas.

Pourquoi je précise tout ça ?

Pour bien vous faire comprendre qu’il ne suffit pas de juste rouler en 125, même tous les jours, pour vous préparer correctement au permis moto.
Il va vraiment falloir vous entraîner, par vous-même, régulièrement, afin d’acquérir une parfaite gestion et coordination des commandes.

Pour en savoir plus, lisez les articles
S’entraîner seul
Maîtriser son embrayage
Sentir l’équilibre de sa machine
Incliner à basse vitesse

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  45 comments for “Comment « bien » commencer la moto

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