Rouler « made in France »

Comme les autres catégories de consommateurs, une part croissante de motards français s’attache au patriotisme économique et préfère « acheter français ». Ce qui n’est pas simple dans le secteur moto, il faut bien le dire. Est-il possible de rouler « made in France » ? Revue de détail des constructeurs, équipementiers et fabricants français, réalisée en décembre 2015.

En matière de moto proprement dite, nous n’avons guère le choix.

Depuis que Peugeot a déserté le secteur des motos (ce qui fait quelques décennies tout de même), il n’existe plus de constructeur moto grand public français.

Bien sûr, il y a eu Voxan pendant quelques années (de 1995 à 2009), mais la marque a cessé son activité et la diffusion de ses motos est restée assez limitée (environ 4.000 exemplaires produits en tout).
Dans les années 1980, il y a eu BFG, dont il reste quelques dizaines d’exemplaires en circulation.

Il existe quelques petits constructeurs français de moto, la plupart sur le créneau du (très) haut de gamme, avec une production en tout petit nombre.

fabrique-en-franceAprès une première moto Midual 900, Midual a présenté en 2014 sa Type 1, assemblée à Angers (49) et prévue pour commercialisation à partir de 2016 avec un tarif à partir de 140.000 euros l’unité.

Un peu plus accessibles, les motos Avinton sont assemblées depuis 2011 à Sommières (30) et vendues entre 30.000 et 80.000 euros pièce. Le moteur est américain, mais la majorité des autres composants sont fabriqués en France. Avinton a repris la marque Wakan, qui avait sorti un prototype dans les années 2000.

Autre petit constructeur français, ProGeco a réalisé une moto sportive, la Geco.

La marque Mash constitue un cas à part. La société est bien française, fondée par l’importateur SIMA, mais les motos sont intégralement construites en Chine.

A l’inverse, la marque MBK Industrie appartient à Yamaha, mais produit en France des motos et scooters, dans l’usine historique de Motobécane à Saint-Quentin (02).
Cette usine fournit également des modèles Yamaha, surtout de petite cylindrée. Si vous achetez un YZF-125 R, un WR 125 R ou X, un XT 600 R ou X ou un XT 660 Z, vous achetez une moto construite en France. De même pour les scooters Evolis et X-Max 400.
Petite astuce, nombre de modèles MBK sont des copies « rebadgées » de Yamaha et vendus chez nous moins cher. Ainsi, le Yamaha X-Max 125, numéro un du créneau scooter 125, peut s’acheter moins cher pour exactement la même chose sous l’appellation MBK Skycruiser.

Mais la France compte de nombreux fabricants de motos spécialisées !

Pendant longtemps, il a existé deux constructeurs français de motos de tout-terrain (enduro, cross, supermotard et trial).
Créé en 1993, Scorpa a cessé son activité en 2009, tout en étant repris par l’autre constructeur, Sherco, créé en 1998 et toujours en activité avec deux usines, l’une en Espagne pour les motos de trial et l’autre à Nîmes (Gard) pour les motos d’enduro, avec une production totale d’environ 3.500 motos par an.

Sur le même créneau, signalons un constructeur de motos électriques, Electric Motion.

Il existe également de nombreux artisans spécialisés dans le side-car.
L’aventure Side Bike, constructeur de sides et de trikes, a duré quelques décennies avec plusieurs belles créations (le Comète, le Zeus, le Celtik), mais la société, fondée en 1987, a cessé son activité en 2013.
De nos jours, il reste quatre gros préparateurs de side-cars : Choda, DJ Construction, Héchard et Dedome. Ainsi que plusieurs artisans moins connus : CS Concept, Armor Side, MSR, Alain Pourchier
Nous avons aussi un artisan spécialisé dans les machines à trois et quatre roues, JLM Concept.

On peut par ailleurs recenser quelques artisans préparateurs de choppers et autres motos dites « customs », comme Dub PerformanceDragon Choppers ou Sud Choppers.

Dans le secteur de la moto classique, ancienne, vintage, néo-rétro, youngtimer (appelez ça comme vous voudrez), un artisan français possède une réputation internationale, voire mondiale : Patrick Godet, dont l’atelier de Malaunay (76) est le seul autorisé par Fritz Egli à restaurer les (magnifiques) motos Vincent et Egli-Vincent.

De même, un autre artisan préparateur « bien de chez nous » et mondialement connu pour ses motos, mais aussi ses voitures d’exception : Lazareth, avec un atelier à Annecy-le-Vieux (74).

A la marge, on peut enfin compter quelques constructeurs et artisans français spécialisés dans la remorque moto, soit pour le transport de motos, soit comme remorque bagagère à accrocher derrière une moto.

Si le secteur de la moto française vous intéresse, le site de référence est celui de Vadimof.

* * *

La situation de l’industrie motocycliste française n’est guère plus reluisante dans le secteur des équipements et accessoires pour motos.

Certes, la France peut s’enorgueillir de compter le numéro un mondial du pneumatique : Michelin.
Mais le pneu moto ne compte que pour une petite partie de son activité. Et si les pneumatiques Michelin pour moto sont bien conçus et testés en France (sur le site de Ladoux, près de Clermont-Ferrand), ils sont fabriqués à l’étranger, en Espagne et en Thaïlande. Seules les gommes sport sont fabriquées en France.
A l’inverse, les pneus moto du manufacturier américain Dunlop pour l’Europe, notamment les pneus trail, sont produits en France, sur le site de Montluçon (Allier).

Notre pays compte tout de même quelques spécialistes reconnus sur des créneaux bien précis.

Ainsi, il existe trois constructeurs français de suspensions pour les motos :

  1. EMC, à Villeurbanne (69),
  2. Shock Factory, à St Sorlin-de-Morestel (38),
  3. et Fournalès, à Quint-Fonsegrives (31).

Une autre société, PFP Racing à Arpajon-sur-Cère (15), importe et modifie les produits suédois Öhlins.

On compte de nombreux artisans et préparateurs dans le domaine des suspensions. Vous les trouverez recensés dans l’article Régler et réparer son amortisseur.

Autre spécialiste réputé, cette fois dans le domaine du freinage : Beringer, à Tallard (05).

Notre pays compte aussi pas mal d’artisans dans le domaine de la sellerie, héritage d’un savoir-faire traditionnel pour le cuir.
Lire l’article Changer de selle.

Dans la même filière, la société normande Bagster produit à la fois des selles, mais aussi des tapis et sacoches de réservoir, toujours en cuir, , à La Ferté-Macé (61). Le reste de la gamme (bagages moto, sacoches, sacs à dos, tabliers pour scooters) est fabriqué en Asie.

L’entreprise Secdem-Bullster, au Mesnil-Amelot (77), est quant à elle spécialiste de la bulle, saute-vent et pare-brise pour motos et scooters.

Avec la disparition des pots MIG, la France compte encore un fabricant de collecteurs et silencieux d’échappement, Devil.
Ainsi que deux artisans spécialistes : Vattier à Autrèche (37) et TCS Performances, à Fleurance (32).

Parmi les produits périphériques de la moto, citons l’entreprise Top Block qui conçoit et fabrique ses cadenas, chaînes et antivols « U »  en France. Mais pas ses autres produits de protection moto (tampons antichoc).

Ainsi que le fabricant de produits d’entretien moto et scooter, GS27. Attention, les produits GS27 sont conditionnés en France, mais avec des matières premières d’origine diverse.

* * *

Le paysage des équipements et accessoires pour motard(e)s s’avère plus varié… voire franchement complexe !

A tout seigneur tout honneur : le groupe FIK rassemble plusieurs marques leaders sur le marché national, voire mondial.

Le fleuron en est le fabricant de casques Shark, créé en 1986 à Marseille et qui fait partie du « top five » mondial sur son secteur.
Cela dit, c’est comme Michelin : le design et la recherche sont toujours basés à Marseille, mais les usines sont à l’étranger. Les casques en fibres sont fabriqués en Thaïlande depuis 1996 et ceux en polycarbonate au Portugal depuis 2000.

Le groupe comprend depuis 2011 les marques de l’ancienne holding Trophy : les équipementiers Bering (vêtements touring, bottes, gants et même bagages avec la marque Cameron) et Segura (cuir), ainsi que Bagster (selles et bagages).
Tout est conçu en France, mais fabriqué à l’étranger, à part les produits Bagster (voir plus haut).

Autre marque française bien connue dans notre pays, Ixon.
Basée à Mâcon (71), la société Ixon fait partie du groupe Access Equip Motos France et propose une gamme de vêtements motards, en textile et cuir, plutôt orientée entrée et milieu de gamme. Mais là encore, rien n’est produit en France.

C’est aussi le cas pour l’équipementier MacAdam, plutôt spécialiste de l’équipement urbain, implanté à Troyes (10) et qui était une branche du groupe RMF (Royal Moto France). Le groupe possédait une sous-marque axée bas de gamme et appelée Code. Ces deux marques ont été arrêtées.

Mise à jour : le groupe RMF dans son ensemble a été mis en liquidation judiciaire par un jugement du tribunal de commerce de Troyes (10) du 29 novembre 2016.
Fondée en 1971, la société distribuait notamment les casques allemands Schuberth et les équipements de sa marque Mc Adam, mais ne publiait plus ses comptes depuis 2012.

Toujours pareil pour la marque Helston’s, réputée pour ses blousons en cuir « vintage » et située près de Compiègne (60). C’est bien une entreprise française (comme son nom ne l’indique pas), mais qui ne fabrique pas en France.

Idem pour le fabricant de casques Ruby, créé en 2007 avec une image de marque (et des prix…) haut de gamme, voire « haute couture ». Malgré l’étiquette « Les Ateliers Ruby – Paris » apposée sur chaque casque, la fabrication se fait en Chine, avec de la fibre de carbone japonaise. Liquidée en 2014, l’entreprise a vu les bureaux, le site web, les filiales étrangères et les stocks rachetés début 2015 par la holding parisienne Paradise Motorcycles.
La situation de l’entreprise est aujourd’hui complexe, comme l’explique cet article du site L’Equipement en octobre 2015.

Bis repetita avec la société Aixstream, implantée à Aix-en-Provence (13) et qui propose deux marques connues des motards : les gants et chaussures V’Quattro d’un côté et les casques Astone de l’autre. Alors que les gants V’Quattro affichent un drapeau italien, le design est bien 100% français. Mais si les casques arborent le drapeau tricolore, tous les produits du groupe sont fabriqués en Asie et en Turquie. Vous avez dit « mondialisation » ?

Et c’est tout aussi complexe concernant les jeans de la marque Esquad, possédée par l’entreprise DSC-Esquad, dont le siège et située près de Limoges (89). L’entreprise est bien française, mais ne compte que quatre salariés. Elle se fournit en toile Armalith (fibre ultrarésistante à la déchirure et à l’abrasion) auprès de la maison Jules Tournier & Fils, située à Mazamet (Tarn), qui tisse elle-même cette toile avec un fil originaire de Troyes (Aube). La matière première est donc bien française. Mais les jeans sont façonnés au Maroc…

Autre exemple avec Awax, marque de la société française Tilt, spécialisée dans le développement et la production de casques moto et scooter à prix « accessibles ». Née en 2002, cette marque n’a de français que le nom (et encore…) puisqu’elle conçoit ses modèles en Italie et les fait fabriquer en Chine.

La situation est globalement la même pour toutes les marques de vêtements moto et scooter (surtout ceux en textile), et qui ont choisi pour la quasi-totalité de porter des noms qui font « américain », même si ces entreprises ont bien leur siège social situé en France : vêtements 4City, ADX Design, casques Airborn, All One (marque distributeur moto du groupe Dafy Moto), gants Darts (une marque du groupe Chaft), District (marque distributeur scooter du groupe Dafy), DMP (marque distributeur sécurité du groupe Dafy), casques Edguard, gants Five, gants Racer, gants SmartGlove, vêtements Star Motors.

L’ensemble des marques françaises de casques d’entrée de gamme fait fabriquer en Chine : KiwiIota, Nox, ArisGPA, Rio (marque distributeur du groupe Dafy Moto), Roof, Stormer, TNT, Torx.

La France compte enfin de nombreuses marques d’équipement enduro, cross, trial et supermotard (qui portent toutes des noms à consonance anglo-saxonne) : First RacingShiftKenny, Shot… Aucune ne fait fabriquer en France.

* * *

Alors, comment faire pour acheter des vêtements moto conçus et fabriqués en France ?
Pas le choix, il faut se tourner vers le cuir et le haut de gamme.

N’importe quel motard un peu informé pense tout de suite à la marque Furygan.
C’est effectivement une entreprise française, située à Nîmes (30) et spécialiste depuis 1970 du vêtement motard.
Mais attention car la réalité des blousons Furygan est complexe : les peaux viennent d’Amérique du Sud, elle sont préparées et découpées dans l’usine de Nîmes (42 salariés), puis envoyées en Tunisie pour y être assemblées dans une usine du groupe (pas de sous-traitance) avant de revenir à Nîmes pour le contrôle qualité. Bonjour l’empreinte carbone !
Le SAV et la confection sur mesure des combinaisons de compétition sont bien réalisés à Nîmes. La gamme textile est elle entièrement fabriquée à l’étranger.
En achetant un cuir Furygan, vous contribuez quand même à sauvegarder des emplois en France… et à polluer la Méditerranée !

made-in-franceComme produit 100% français, je recommande les vestes et pantalons, fabriqués à Paris, avec du cuir français, par l’atelier AB Cuir.
J’espère que ces produits d’excellente qualité survivront aux frères Henri et Michel Sztemberg qui s’échinent depuis 40 ans sur nos cuirs et sont aujourd’hui proches de l’âge de la retraite (les artisans, pas les vêtements !).
Mise à jour : je ne pensais pas si bien dire… AB Cuir a fermé ses portes mi-octobre 2015.

Autre exemple, les vêtements et chaussures de la marque Soubirac.
Initialement spécialiste (depuis 1886) de la botte d’équitation, cette entreprise familiale est implantée à Montauban (82) et fabrique elle-même ses produits de grande qualité, vendus à prix haut de gamme.

Je voudrais aussi citer les produits de Vidal Sport, leader français de la combinaison cuir sur mesure. Franck et Anne Vidal fabriquent eux-mêmes à Graulhet, près d’Albi (81), leurs combinaisons et blousons, avec du cuir de la région.
Les gants sont quant à eux conçus en France, mais fabriqués au Pakistan.

Enfin, je porte des bottes de la marque française Paraboot, fabriquées à Rives-sur-Fure (38), « bottine moto officielle des Douanes et de la Police Nationale ». Le prix est élevé, mais j’ai pu en trouver d’occasion, état neuf.

  13 comments for “Rouler « made in France »

  1. Estebannn
    16 novembre 2016 at 20:49

    Bonjour, et merci pour cet article.
    Tu as des sources pour Delkevic? J’ai lu récemment que c’était briton, avec filiale France (bon après, ce qu’on lit sur les forums…).

    • FlatFab
      16 novembre 2016 at 21:44

      Après vérification, la maison-mère est effectivement en Angleterre.
      Je corrige de suite, merci !

      • Estebannn
        17 novembre 2016 at 14:19

        De rien, et merci à toi pour l’info (que je n’avais pas trouvée sur leur site pour ma part, peut-être mal regardé…).

  2. FreezIce
    20 octobre 2016 at 16:00

    Bonjour,

    Il manque la marque Dub Performance, qui depuis peu fait partie de la partie « constructeur français de moto » . Il est connue à l’international.
    Il y a aussi TCS performance pour les échappement français.

  3. Christian
    12 octobre 2016 at 16:32

    On pourrait ajouter Shock Factory dans les fabricants d’ammortisseurs.

    • FlatFab
      12 octobre 2016 at 20:34

      Exact, je rectifie.
      Merci !

  4. Arno
    19 septembre 2016 at 17:20

    Bonjour,

    Merci pour cet article. Je ne parviens pas à trouver d’informations sur le fabricant Torx? Aucun site internet, d’adresses, de détails…
    Si vous avez des éléments je suis preneur, j’ai besoin de les contacter.

  5. Quadrapasfou
    10 décembre 2015 at 15:21

    Chapeau ! Il a carrément fallu faire un peu de recherche pour retrouver tout ça !

    Petite précision pour les fabrications 100% françaises (donc plus chères et haut de gamme) : il existe des magasins d’usine où les prix sont nettement moins chers.

    Bien sûr, selon le produit recherché, il faut habiter au bon endroit, mais Paraboot, par exemple, a un magasin d’usine … dans l’usine : rue Hector Berlioz à Tullins-Fures (Isère). Ils y vendent le deuxième choix (légères – faut bien chercher – décoloration par exemple, mais strictement rien de rédhibitoire) et les prix sont vraiment, mais vraiment, intéressants ! Le souci peut être de trouver sa pointure quand on a des pieds « normaux », mais les rabais dépassent très allègrement les 50%.

    • Boris
      14 septembre 2017 at 18:05

      Bonjour, le magasin rue Hector Berlioz de Tullins serait fermer depuis janvier 2017

      • Pat
        30 septembre 2017 at 14:37

        Paraboot,
        Nouvelle usine et magasin à coté de Moirans (a queques km de l’ancien site)
        Bye

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