Se faire voler sa moto est une chose, se faire indemniser en est une autre ! Comment faire ? Voici la marche à suivre pour faire fonctionner la garantie vol de votre assurance moto et espérer vous faire indemniser correctement.

Première publication en juillet 2022

Cet article est à lire en complément de Protéger sa moto contre le vol et de Bien choisir son assurance moto.

Introduction

Le vol de sa moto est toujours un événement traumatisant.
Cela m’est personnellement arrivé en avril 2021, avec le vol de ma moto professionnelle, un R1250GS Adventure édition 40e anniversaire, toutes options et bien accessoirisé, que j’avais depuis à peine trois mois et qui contenait tout mon équipement motard, ainsi que plusieurs équipements pédagogiques. Soit un préjudice énorme de plus de 30.000 euros et des conséquences importantes sur mon activité professionnelle qui se sont faites sentir pendant des mois.

C’est à la lumière des leçons apprises au cours de la gestion de ce vol et des recherches menées sur ce sujet que je rédige cet article, en souhaitant à la fois qu’il soit nécessaire au moins de motards possible, mais qu’il aide véritablement ceux qui en auront besoin.

A l’instar d’un accident, nous nous sentons souvent démunis, impuissants, perdus face au vol de moto quand cela nous arrive pour la première fois.
Vous venez de constater le vol de votre moto ? Que faire en premier ? Quelles sont les démarches urgentes et celles qui peuvent attendre ? Quelles sont les procédures obligatoires, celles qui seront juste utiles et celles qui ne serviront à rien ?

Penser à l’enquête

Si le vol est en cours ou vient d’être commis, vous pouvez appeler le 17.
La police ou la gendarmerie peut intervenir en envoyant une ou plusieurs équipes pour intercepter le véhicule volé. Mais dans l’immense majorité des cas, le vol d’une moto se fait par enlèvement dans un véhicule utilitaire et vous le découvrirez plus tard, le lendemain matin ou à la fin de votre journée de travail.

Selon les circonstances du vol, certaines constatations s’imposent :

  • En cas de vol par effraction dans un garage ou box fermé ou sur une propriété privée : prévenez les forces de l’ordre et ne touchez à rien en attendant leur venue.
  • En cas de vol par agression (ou moto jacking) : relever l’identité et les coordonnées des éventuels témoins, s’ils ne peuvent pas attendre l’arrivée des forces de l’ordre.
  • En cas de vol d’une moto stationnée sur une voie publique : photographiez les lieux et récupérez les restes de l’antivol ayant subi l’effraction.
  • En cas de vol par enlèvement dans un garage collectif : renseignez-vous de suite auprès du gardien ou du syndic sur l’existence d’une vidéosurveillance afin de communiquer cette information aux forces de l’ordre.

Constatez et documentez les éventuels dégâts liés à l’effraction.
Si on a forcé votre antivol, conservez-le après l’avoir pris en photo.
Même chose si des débris de votre deux-roues sont restés au sol : prenez quelques clichés, cela pourra vous servir à prouver qu’il s’agit bien d’un vol, et non d’une tentative de fraude aux assurances, dans le cas où l’on ne retrouverait pas votre moto.

Faites un inventaire le plus complet possible des objets volés et des dégâts éventuels.
Rassemblez les documents qui peuvent rendre compte de la valeur des biens volés : factures d’achat, factures de réparation, tickets de caisse, certificats de garantie, photographies…
Ces justificatifs serviront de base à l’évaluation du montant de votre indemnisation.

Si vous avez installé un traceur GPS ou un traqueur (« tracker »), avisez-en les forces de l’ordre le plus tôt possible.
Il leur faut exploiter le signal au plus vite, tant que le traqueur est opérationnel, avant que les voleurs ne risquent de le trouver et de le désactiver, ou que la moto ne soit mise « à l’abri » dans un souterrain trop profond pour que le signal soit reçu.

Le cas échéant, signalez également le vol des papiers (carte grise et/ou carte verte) du véhicule.

Cela dit, ne vous bercez pas de trop d’illusions…
La réalité française d’aujourd’hui est très éloignée des séries télé.

Entre 120.000 et 150.000 véhicules sont volés chaque année en France ! Sur ce chiffre global, environ un tiers des vols concerne des deux-roues moteur (chiffres issus de l’étude annuelle de Coyote Secure, mais confirmés par le ministère de l’Intérieur).
Le nombre de vols de motos atteint des sommets en Île-de-France, région qui enregistre à la fois le plus grand nombre de vols et le taux de sinistralité le plus important : en région parisienne, ce sont les deux tiers des vols de véhicules qui touchent des motos et scooters.
Près de la moitié des vols de véhicules déclarés en France sont localisés dans trois régions :

  1. l’Île-de-France,
  2. Provence-Alpes-Côte d’Azur,
  3. les Hauts-de-France.

Cela signifie que dans ces régions, surtout en IDF et pire encore à Paris, les enquêteurs sont débordés. Comment pourrait-il en être autrement quand il se vole près de 60 motos et scooters (de toutes cylindrées) chaque jour dans Paris ?

Ma moto a été volée à Paris 15e dans la nuit, je suis allé porter plainte dès le lendemain matin au commissariat d’arrondissement. Huit jours plus tard, ma plainte n’avait toujours pas été transmise au service des vols de véhicules, m’a avoué un contact au sein du commissariat. Un an plus tard, aucun policier n’est venu visionner les images de vidéosurveillance auprès du gardien de la copropriété. Je n’ai reçu aucun appel téléphonique, aucun email, aucun courrier des services de police.
Un vol de GS de plus à Paris, sans agression physique… les flics s’en fichent totalement !

Déposer plainte pour vol

Selon la procédure pénale, vous disposez pour porter plainte après le constat du vol d’un délai de… 24 heures.
Par conséquent, pas de temps à perdre !

D’autant plus que votre assureur va vous demander l’original du récépissé de dépôt de plainte dans le dossier de demande d’indemnisation. Et vous n’avez que 48 heures (deux jours ouvrés, hors samedi et dimanche) pour signaler le sinistre auprès de celui-ci après le dépôt de plainte.

Pour votre dépôt de plainte, munissez-vous de la carte grise du véhicule et de votre carte d’identité.
Ou tout au moins d’une copie ou d’une photographie de ces documents, c’est la moindre des précautions à prendre.

Votre plainte doit bien entendu contenir la localisation et les circonstances du vol.

Spécifiez si votre véhicule était attaché à un point fixe ou non, quels systèmes de protection antivol étaient installés et actifs : verrouillage de direction (neiman), alarme, antivol (bloque-disque, U, chaîne), traqueur, gravage agréé SRA…
Si vous le pouvez, fournissez-en la preuve (facture d’achat).
Selon les assureurs, la franchise à payer pourra être diminuée si vous aviez deux ou trois systèmes antivol installés sur votre moto.

Si d’autres objets que votre moto ont été dérobés, il faut absolument le préciser dans votre plainte !
Pour rappel, c’est sur le texte du récépissé de déclaration que se fondera votre assureur pour vous indemniser. Tout ce qui n’aura pas été déclaré ne sera pas remboursé.
Pour autant, pas de panique ! Si vous vous rendez compte quelques heures plus tard que vous avez oublié des éléments, vous pouvez retourner là où vous avez porté plainte et demander à effectuer un compte-rendu d’infraction complémentaire.
Celui-ci sera ajouté au procès-verbal initial, avec la même valeur juridique.

Important à savoir : porter plainte vous couvre au cas où des infractions seraient commises avec votre véhicule durant la période d’un mois imposée par l’assurance avant que le véhicule soit considéré comme définitivement volé.
En effet, votre responsabilité pénale et civile pour les infractions commises avec votre véhicule est présumée jusqu’au dépôt de plainte.

La plainte entraîne l’enregistrement de votre véhicule au fichier des objets et véhicules signalés (FOVeS) et au système d’immatriculation des véhicules (SIV) des forces de l’ordre :

  • Le FOVeS permet de faciliter les recherches et les contrôles de la police et de la gendarmerie pour la découverte et la restitution aux propriétaires des véhicules volés.
  • Le Système d’immatriculation des véhicules (SIV) est consultable par les forces de l’ordre. Toute nouvelle demande d’immatriculation concernant ce véhicule est alors bloquée.

La police ou la gendarmerie peut également consulter le Registre des fourrières et des immobilisations. Ce registre permet l’enregistrement des véhicules mis en fourrière ou immobilisés par les forces de l’ordre à la suite d’une infraction et les véhicules retrouvés à l’état d’épave.

Où aller déposer plainte pour vol ?
Vous n’êtes pas astreint à déposer plainte dans le secteur du vol. Vous pouvez effectuer les démarches dans n’importe quel commissariat de police ou brigade de gendarmerie de France.

Les services de police ou de gendarmerie sont obligés d’enregistrer la plainte. La plainte est ensuite transmise au procureur de la République pour qu’il décide de la suite (enquête, classement sans suite…).

Si vous ne connaissez pas l’auteur des faits, vous pouvez remplir une pré-plainte en ligne avant de vous déplacer. Vous obtiendrez un rendez-vous. Les policiers ou gendarmes auront déjà les éléments de votre plainte à votre arrivée.

TRES IMPORTANT : faites des copies de tous les documents qui vous sont remis par les forces de l’ordre.
L’assurance vous demandera les originaux. Si jamais le courrier se perd ou qu’un employé de l’assureur égare votre dossier, vous n’aurez plus rien pour fonder votre demande d’indemnisation. Alors photocopiez ou numérisez tout. Gardez toujours au moins une copie du procès-verbal de déclaration de vol.

Déclarer le sinistre à l’assurance

Déclarez rapidement le vol à votre assurance : sous 48h maximum après la constatation du vol.
Dans le cadre d’une assurance vol scooter ou moto, ce délai de 48 heures correspond à deux jours ouvrés (du lundi au vendredi inclus).
Point important : ce délai démarre à partir du moment où vous avez pris connaissance du sinistre.
En l’absence d’agression et/ou de témoins, vous seul connaissez ce moment…

Après avoir porté plainte, prévenez votre assureur :

  • d’abord par téléphone ou par l’appli dédiée ou sur le site web (dans votre espace assuré) ou par email en effectuant une déclaration de sinistre ;
  • puis par lettre recommandée avec accusé de réception, en joignant à votre courrier le récépissé de votre déclaration de vol et les éventuels autres documents.

Pensez à rechercher et mentionner votre numéro d’assuré : il vous sera demandé lors de vos démarches et facilitera chaque échange.
Si vous êtes directement en contact avec un agent d’assurance dans un cabinet physique, on peut bien entendu accéder à votre dossier à partir de vos nom et prénom, ou au pire avec le numéro d’immatriculation de votre véhicule.

A la suite de votre déclaration de sinistre pour vol du véhicule assuré, votre compagnie d’assurance vous précisera les documents à lui faire parvenir par courrier.
Il s’agit généralement des originaux.
N’oubliez de garder systématiquement une copie (par photocopie ou numérisation) !

Se faire indemniser

Là commencent les choses sérieuses…
Vous pensiez qu’un vol était un sinistre non responsable pour lequel vous serez toujours indemnisés correctement, à la valeur de votre véhicule, sans oublier tout ce qu’il y avait dessus et/ou dedans ?
C’est beau, la naïveté…

Comme pour tout sinistre, votre compagnie d’assurance va tout faire pour vous indemniser le moins possible et le plus tard possible – voire pas du tout.

Tout d’abord, l’assureur va vérifier la réalité du vol.
Et il a bien raison : la fraude à l’assurance, ça existe… Inventer un vol, c’est facile. C’est pourquoi il faut impérativement communiquer le récépissé de dépôt de plainte pour vol, ce qui entraîne l’inscription au fichier des véhicules volés et l’annulation de la carte grise.

Ensuite, l’assureur va vérifier que vous remplissez bien les conditions nécessaires pour prétendre à une indemnisation pour vol.

Et en premier, que vous avez bien déclaré le vol et porté plainte dans les délais impartis.
C’est la base…

Pour le reste, la principale condition concerne l’antivol. Chez la plupart des assureurs (sauf la MAIF), il faut au moins un dispositif antivol, ne serait-ce que le blocage de direction. Beaucoup d’autres assureurs imposent l’achat (et si possible l’usage) d’un antivol agréé SRA, qui doit avoir été posé sur la moto de manière convenable.
Problème : c’est impossible à prouver, sauf à prendre l’antivol en photo à chaque arrêt avec un cliché horodaté…
Faute de mieux, l’assureur vous demandera la facture d’achat d’un antivol agréé SRA et devra s’en contenter.

Rappel : le justificatif demandé est une facture d’achat à votre nom… ou une facture d’achat d’achat à un autre nom, accompagnée d’une attestation de vente à votre nom ! Vous avez tout à fait le droit d’acheter un antivol d’occasion, c’est ce que je fais (avec certaines précautions). Mais il faut alors la facture d’origine et un document qui atteste de l’identité du vendeur et de l’acheteur.

Il est important de pouvoir attester des conditions de stationnement et de démontrer que vous n’avez pas commis de faute (oubli des clefs sur le contact, véhicule non attaché, etc.).
Dans la réalité, la majorité des assureurs vous croiront sur parole. Mais pas tous ! Ils vont surtout se méfier si ce n’est pas votre premier vol déclaré.

L’assureur vous demandera également de prouver qu’il s’agit bien du véhicule assuré chez lui, donc de lui fournir copie de la carte grise (certificat d’immatriculation) et d’une pièce d’identité à votre nom avec photo. La routine, quoi…

Il vous demandera enfin de justifier de la valeur du véhicule, donc une copie de la facture d’achat et les éventuels justificatifs d’entretien, de réparation, d’équipements ajoutés… Bref, l’historique de la moto.
D’où l’intérêt de conserver précieusement TOUTES vos factures et ce tout au long de toute la vie de la moto, jusqu’à ce qu’elle soit vendue / détruite / volée.

Cette recommandation s’applique à tous les équipements et accessoires que vous montez ou faites monter sur la moto, ainsi que pour tout ce que vous transportez dans la bagagerie.

Bref, encore une fois : lisez attentivement le détail des clauses de vol dans votre contrat d’assurance !
N’hésitez pas à demander à vous faire expliquer chaque condition imposée par l’assureur, vous pourriez avoir des surprises…

Indemnisation de la moto

Et là, ça se corse !
Déjà, il faut bien distinguer trois garanties :

  1. le véhicule lui-même, la moto ou le scooter, tel qu’à l’achat, dans la configuration mentionnée sur la facture d’achat, avec ses éventuelles options ;
  2. les accessoires ajoutés, lors de l’achat ou par la suite ;
  3. les objets transportés.

Pour chacun de ces garanties (à condition qu’elles aient été souscrites), vous aurez sans doute une franchise, une déduction due à la vétusté et un plafond d’indemnisation.
Et en plus, concernant la première, il existe un délai de carence !

Le délai de carence

En théorie, il existe un délai d’attente d’un mois avant remboursement par une assurance.
Ce délai tient compte de la période de « recherche » de votre deux-roues, mais surtout du délai pendant lequel votre véhicule est encore couvert par votre assurance. Ceci en cas de sinistre causé par les voleurs (accident, vol, etc.). A l’issue de ce délai, l’assurance peut lancer l’indemnisation et arrêter votre souscription.

Certaines assurances proposent de vous indemniser avant ce délai.
Par exemple, la Mutuelle des Motards s’engage à indemniser un vol sous trois semaines. Sauf que dans mon cas, ce délai fut de neuf semaines ! Moto volée à la mi-avril, indemnisation reçue fin juin (et encore, incomplète)… L’AMdM a tout à fait reconnu ses manquements et m’a royalement dédommagé de… 150 euros, pour indemnisation hors délai. Trop sympa, merci !

Si la moto est retrouvée pendant cette période d’un mois, l’assurance prend en charge les démarches liées à son transport, à son expertise et à sa remise en état. Pour ce faire, elle prend pour base la valeur de la moto avant son vol et le montant des réparations. Si la somme évaluée est supérieure à ce que vaut encore votre moto, elle est classée RSV (Réparation Supérieure à la Valeur – le terme officiel pour « épave »). Elle ne peut peut alors plus rouler sur route ouverte sans passer par la case réparation chez un professionnel, avec certificat de remise en conformité pour être ré-immatriculée.

La franchise

La franchise, c’est l’équivalent du « ticket modérateur » pour l’assurance maladie : c’est ce qui reste à votre charge. C’est un montant qui sera déduit de l’indemnisation pour vous inciter à faire plus attention la prochaine fois. Ce montant peut être une somme fixe ou un pourcentage de l’indemnisation.

Dans le cas d’un vol de moto, la franchise varie selon les compagnies d’assurance et selon le contrat souscrit. Il peut également varier en fonction des précautions prises et par exemple, du nombre de systèmes antivol installés sur votre moto. Il peut enfin varier selon vos antécédents : si vous n’en êtes pas à votre premier vol déclaré, ça va augmenter…

La valeur à dire d’expert

Concernant un véhicule, il n’existe pas de notion de « vétusté » à proprement parler. Les motos ne vieillissent pas toutes pareil. C’est une question d’âge, mais surtout de kilométrage et d’entretien, et aussi de rareté. Pour prendre en compte ces différents paramètres, il n’existe pas de grille pré-établie, chaque cas est particulier.
L’assureur va donc recourir à un « expert » pour établir une valeur de remplacement à dire d’expert, ou VRADE.

Oui, je mets des guillemets à « expert », des gros guillemets.
Tout d’abord parce qu’il n’existe pas d’experts spécifiques pour les motos. Un expert reste avant tout un expert en automobile, c’est son titre officiel. Ses compétences techniques sont censées lui permettre d’évaluer précisément l’état d’un véhicule, d’en déceler les défauts, d’en apprécier la valeur et d’évaluer le coût de remise en état.

Certains experts en automobile ont suivi une formation supplémentaire pour devenir experts deux-roues. Mais cela reste totalement facultatif. Rien n’oblige un assureur moto à recourir à un expert breveté deux-roues. Or c’est bien l’assureur qui choisit l’expert à sa guise.

Pour vous rassurer, l’assureur vous dira qu’il s’agit d’un expert « indépendant ».
Alors, « indépendant », ça veut juste dire que l’expert n’est pas salarié de l’assureur. Sauf que c’est bien l’assureur qui rémunère cet expert !

Par exemple, c’est le cabinet d’experts en automobile Pierre Paul à St-Gély-du-Fesc (34) qui effectue toutes les expertises des motos volées pour le compte de la Mutuelle des Motards. Pensez-vous vraiment que cet expert qui vit grâce à l’AMDM n’a pas intérêt à soigner son meilleur client ?

Pour vous rassurer encore, l’assureur pourra vous dire qu’en cas de désaccord sur la valeur à dire d’expert, une contre-expertise croisée sera possible. Oui, c’est possible, en théorie. Sauf que bien sûr, vous devrez payer pour ça (un missionnement d’expert coûte environ 150 euros). Et l’assureur fera tout pour éviter ça. A la Mutuelle des Motards, ils ont trouvé le truc : il suffit de ne pas répondre à l’assuré qui demande une contre-expertise. Comme ça, vous ne pouvez pas dire qu’ils l’ont refusée. Ils n’ont juste pas répondu…

Bref, la VRADE est souvent une belle arnaque – en toute légalité !
Il ne faut surtout pas faire confiance à l’expert et croire qu’il va se montrer sympa avec vous. Lui est payé par l’assureur et tient à garder son client.

Pour déterminer la valeur d’une moto, l’expert se base sur son état à partir des factures démontrant les réparations déjà effectuées antérieurement, son kilométrage, mais aussi les tendances du marché local. N’hésitez pas à fournir le dossier le plus complet possible dès le départ, avec toutes les factures, des photos, des copies d’annonces de véhicules similaires… Même des attestations de professionnels qui sont intervenus dessus ou du précédent propriétaire !

Dans mon cas, j’étais confiant : moto quasi neuve de moins de trois mois, à peine 6.000 km au compteur, avec facture d’achat complète en concession… L’expert a quand même osé une VRADE inférieure de 2.000 euros au prix d’achat, sans tenir compte des frais de mise en circulation et sans tenir compte de la rareté du modèle (édition limitée anniversaire). Le fait qu’elle ait été ultra-récente a même été un handicap : aucune annonce en occasion moins de trois mois après la sortie du modèle !

Si le montant proposé en indemnisation vous semble trop bas, il ne faut pas hésiter à le contester.
Encore faut-il accepter des délais supplémentaires et le coût de la contre-expertise… et que l’assureur accepte votre demande !

Pour éviter tous ces tracas, le remboursement valeur à neuf (égaement appelé « indemnisation en valeur d’achat ») est intéressant pour les motos neuves, surtout quand elles valent plus de 15.000 ou 20.000 euros. Cette garantie optionnelle permet de ne rien perdre sur la valeur de sa moto en cas de sinistre pendant les six premiers mois ou la première année.
Attention, elle ne s’applique qu’à la moto elle-même, pas aux accessoires (voir plus bas) !

Elle est systématiquement proposée avec les financements en LOA.
Donc, cela aurait dû être le cas pour moi ! Sauf que… En achetant cette GSA, j’ai changé d’organisme de financement et suis passé de Viaxel à BMW Services Financiers. Et pas de chance, mon concessionnaire a oublié de me proposer la garantie valeur à neuf. Et sur le moment, je n’ai pas pensé à la demander, c’est ma faute.

Indemnisation des accessoires

Si votre moto est restée « stock », d’origine, que vous n’y avez rien changé, rien ajouté… pas de souci !
Mais nombre de motards équipent leur bécane, prennent des options, changent des pièces, ajoutent des accessoires. Quelques exemples ? Top-case, valises (y compris d’origine), bulle haute ou saute-vent, carénage rajouté, peinture et/ou selle personnalisée, pot d’échappement, navigateur GPS, sacoches…

Ces « accessoires » (qui peuvent représenter une valeur non négligeable, parfois plusieurs milliers d’euros) ne seront pas indemnisés en cas de vol de la moto – sauf si vous avez souscrit une garantie spécifique.

Chez les assureurs généralistes, tous les véhicules sont traités pareil : une moto est indemnisée comme une voiture. Vous serez indemnisés sur la base de la facture d’achat, point barre. Si l’expert est sympa, il prendra en compte les accessoires, à condition que vous puissiez justifier de leur valeur (factures). Mais rien ne l’y oblige.

Chez les assureurs spécialisés moto, il existe une garantie optionnelle qui couvre les accessoires ajoutés « after market », après l’achat de la moto.
Est dès lors considéré comme « accessoire » tout ce qui n’était pas monté sur la moto d’origine, tout ce qui ne figure pas sur la version de base, y compris les options (même si elles sont mentionnées sur la facture d’achat).
Réfléchissez un peu et vous verrez que le montant représenté peut monter haut…

Or cette garantie « accessoires » est soumise à un plafond d’indemnisation. Dans le cas de la Mutuelle des Motards, il existe trois plafonds, au choix : 1.600 euros, 5.000 euros et 9.000 euros.

Largement suffisant, pensez-vous ? Pour ma part, j’avais choisi le plafond à 5.000 euros, en pensant que cela suffirait amplement. Sauf qu’à l’occasion de mon sinistre, j’ai découvert la définition de ces accessoires, et notamment que cela concernait toute la bagagerie rigide, y compris les valises d’origine et leurs supports, le top-case et sa platine… Soit déjà dans les 2.000 euros, avant même de parler des protections, des feux additionnels, de la bulle haute, du support GPS, etc. ! Je vous épargne la liste complète, elle est longue…

J’ai aussi découvert que la définition d’un « accessoire » (au sens d’un assureur) ne concernait que les équipements ajoutés qui sont fixés sur la moto.
Donc toutes les sacoches souples, tout ce qui peut se détacher, n’est pas concerné, pas indemnisé. Et le navigateur GPS non plus, sauf s’il est installé sur un support verrouillable.

J’ai enfin découvert quand ils remplacent une pièce d’origine, ces « accessoires » ne sont indemnisés que s’ils ont une valeur supérieure à celle de la pièce d’origine.

Indemnisation des objets transportés

Dernier poste d’indemnisation possible en cas de vol, la garantie des objets transportés est elle aussi optionnelle. Il vous faut la souscrire à part, en plus. Sinon vous n’aurez rien.

Bien sûr, cette assurance ne concerne que ceux qui laissent des choses dans leur moto ou sur leur moto – ne serait-ce que le casque.

Sauf que là aussi, le diable est dans les détails, il faut bien lire votre contrat !

Est considéré par exemple par la Mutuelle des Motards comme « objet transporté » pouvant donner lieu à indemnisation : « des objets transportés dans un contenant rigide et fermant à clé, fixé à votre 2-roues ».
Tout ce qui est contenu dans des sacoches souples (même fermées par un cadenas) n’est pas concerné. Un casque attaché à la moto par un câble antivol n’est pas concerné.

Par ailleurs, cette garantie est soumise à un plafond.
A l’AMDM, il n’existe qu’un seul niveau, à 1.500 euros.

Vous vous dites sans doute que vous ne laissez jamais pour plus de 1.500 euros d’équipements dans votre moto…
Moi aussi, je croyais ! Sauf qu’en fait, le casque entre dans cette catégorie. Hé oui, le casque dont on vous promet qu’il vous sera toujours remboursé en valeur à neuf pour pouvoir racheter le même parce que c’est considéré comme « la carrosserie du motard ». Et c’est vrai – en cas d’accident ! En cas de vol, cet équipement essentiel devient un « objet transporté », donc soumis à plafond et à vétusté.

Quand on porte comme moi un casque haut de gamme à 600 ou 700 euros (voire 900 avec l’intercom intégré), il ne reste plus grand-chose pour atteindre le plafond de 1.500 euros. Un gilet airbag récent, une paire de gants et c’est terminé.

Quant au reste des objets transportés, autres que les équipements du motard, ils ne sont pas pris en compte en cas de vol, mais seulement si endommagés en cas d’accident.

Je n’ai pas été indemnisé pour les sous-vêtements et sur-vêtements techniques qui étaient restés dans les bagages de la moto, ni pour mon matériel pédagogique (plots), ni pour la trousse de premiers secours…

J’ai découvert ensuite que tout cela aurait pu être pris en charge par l’assurance multirisques habitation. Mais il était alors trop tard pour déclarer le sinistre.
Pensez-y si ça doit vous arriver !

Aider aux recherches

Pour les modèles de motos les plus volées dans les grandes villes, vos chances de revoir un jour votre bécane sont minces, tant les filières de vol, de recel et de revente sont devenues quasi « industrielles », avec des voleurs devenus des professionnels de la fauche.

En revanche, dans les petites villes, à la campagne, surtout pour des modèles moins courants et/ou personnalisés, il existe une chance de la retrouver dans les 30 jours.

A condition de disposer d’une photo récente de votre moto, pour la montrer telle qu’elle a été volée, vous pouvez toujours poster une annonce sur les réseaux sociaux.
Plusieurs groupes Facebook s’en sont faits une spécialité et parfois ça fonctionne !
En voici une sélection non exhaustive, en sachant que ces pages et groupes peuvent disparaître du jour au lendemain selon le bon vouloir de leurs créateurs :
Moto volée
Annonce moto volée cross enduro routière
ALERTE VÉHICULE VOLÉ / RETROUVÉ
Recensement moto volée
MOTOS 🏍 ET SCOOTERS VOLÉS
MOTO VOLÉE

Problème, les alertes publiées sur ces pages / groupes ne sont surtout lues que par d’autres victimes de vol. Vous ne pouvez qu’espérer que votre annonce sera reprise et partagée par des motards de votre région, dans des groupes de motards locaux.

Il existe également quelques sites web qui remplissent la même fonction, avec les mêmes limites :
Moto Volée
Vol MX
Le site du Repaire des Motards propose une rubrique spécialisée.

Enfin, il existe une appli numérique avec communauté dédiée : MotoGuard.

3 thoughts on “Gérer un vol de moto”
  1. Bonjour et merci pour cet article!
    J’ai appris pas mal de choses que je ne soupçonnais pas, comme le casque considéré comme accessoire en cas de vol, ou que les valises d’origines soient considérées comme accessoires ajoutés…
    Comme quoi, oui, il faut bien regarder les petites lignes et prendre le temps.
    Pour la VRADE 2000€ en dessous du prix du neuf, 6 mois après l’achat, je ne trouve pas ça anormal. Sur un véhicule d’environ 30k€, ça fait grosso modo 6%. C’est pas une grosse décote. Ca devrait tourner au moins aux alentours des 20%, soient 6000€ ici. Mais je me base sur mon expérience pour les voitures. Pour les motos c’est peut-être différent.
    Pour les experts, en effet, ils ne servent que l’intérêt de celui qui les paient: ici c’est l’assureur.
    Personnellement, j’ai toujours assisté à l’expertise. Ca m’a permis de remettre en place ce « spécialiste » quand il allait au delà de son expertise. Ca permet aussi d’envisager d’en engager un à ses frais si il y a un décalage entre son évaluation et celle qu’on peut avoir en restant objectif (le plus difficile).

    Après un très gros accident (voiture détruite), je me souviens de la phrase du garagiste qui m’avait dépanné: « une assurance, c’est toujours trop cher, jusqu’à ce qu’on s’en serve ».
    Cette phrase m’est restée en mémoire. Plutôt que de chercher le minimum et le moins cher possible, je recherche l’assurance qui corresponde parfaitement à mes besoins. Ajouter les options nécessaires, retirer celles qui n’ont aucun intérêt pour moi. Il faut vraiment prendre le temps d’éplucher les petites lignes…

    1. Relis bien le passage en question : ma moto avait trois mois, et non six.
      J’ai fait le calcul, l’expert a appliqué une décote de 8% par rapport au prix neuf de 24.500 euros de la moto en elle-même.
      8% en trois mois, je trouve ça un peu fort…
      Surtout que l’AMDM rembourse à neuf les équipements, les accessoires et les objets transportés quand ils ont moins de six mois.
      Tout ce qui a moins de six mois est considéré comme neuf, sauf la moto !

      Le chiffre de 30.000 euros que j’ai mentionné concerne le montant global du préjudice, tout compris : moto, accessoires, équipement motard, objets transportés.

      Quand il y a vol, il est compliqué d’assister à l’expertise, surtout qu’elle se fait à distance.

      Je n’ai jamais recherché l’assurance la moins chère.
      Les garanties de l’AMDM sont bonnes et j’ai souscrit la totalité des garanties optionnelles.
      Pour la protection corporelle, je choisis toujours le niveau le plus élevé.
      Pour les accessoires, j’avais pris un plafond intermédiaire, et non le plus bas.
      Mais ils ont systématiquement fait le maximum pour m’indemniser le moins possible.
      Et encore, je n’ai pas raconté tous les détails, notamment qu’ils ont résilié unilatéralement mon contrat après ce sinistre.

      1. En effet, 6 mois, pas 3. J’ai confondu avec autre chose.
        Juste un point: dans le calcul de l’expert, les frais d’immatriculation, de mises en circulation, mise en service, préparation à la route ou autre frais caché par le concessionnaire (je dis « caché » car c’est en général à la fin de la négo que ces frais apparaissent, même si ils peuvent les réduire fortement) ne sont pas pris en compte.
        C’est classique.
        8% ça commence à faire, c’est certain.
        Concernant l’expertise, il s’agit d’un vol, sans avoir retrouvé le véhicule, donc rien à contrôler visuellement. Il n’est donc pas possible d’y assister.
        Ton cas est un des pires scénarios possibles: modèle particulier, édition spéciale, trop récent pour avoir une côte de l’occasion. Du coup l’estimation est basse.

        Je ne connais pas bien la côte des motos, mais pour les voitures, je sais que les « éditions spéciales » sont toujours fortement dévaluées en occasion de leur vivant: trop peu de modèles vendus, coloris trop spécifiques, trop si, pas assez de ça… Et au final, bien des années plus tard, les côtes atteignent des sommets.
        Peut-être que c’est la même chose pour les 2 roues?

        Concernant mon commentaire sur l’assurance, ce n’était pas une critique envers toi, plutôt un conseil pour tous. Je vois tellement de sujets « vous payez combien d’assurance? » dans les forums, où chacun compare juste le tarif et ajoute « tout risque » ou « au tiers » sans plus de détails.
        Je voulais dire que le tarif est important, mais la couverture l’est bien plus. Il faut vraiment savoir sur quoi on est assuré.
        Ton sujet m’a fait relire mon contrat! Je me répète mais j’ignorais que le casque était considéré comme un accessoire si il est attaché à la moto (pas en filaire) ou dans le top case. J’ignorais que certains éléments d’origine comme les valises, sont considérés comme des accessoires…
        Du coup je relis aussi le contrat de la maison!
        Et je vais ré étudier ton article sur « Bien choisir son assurance »…

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