Choisir une GT comme première moto

Rares sont les « jeunes » motards (ceux qui ont moins de 25 ans ou moins d’un an de pratique) qui rêvent de débuter sur une moto de grand tourisme: trop lourde, pas assez nerveuse, pas assez flambeuse. Mais il en subsiste tout de même, notamment parmi les débutants un peu plus âgés, voire les quadragénaires qui commencent ou reprennent la moto.
Voici quelques conseils pour confirmer ou non ce choix et faire en sorte que ça se passe bien.

Même si je pense qu’une moto GT peut tout à fait convenir comme première machine, j’aurais plutôt tendance à conseiller de se « faire les dents » (les muscles, l’expérience et tout ce que vous voudrez) sur une moto plus légère et moins coûteuse.
Pour bien connaître les critères de choix d’une moto, lisez l’article « Quelle moto pour débuter ?« .

L’engin idéal pour débuter avec une moto routière « facile » est à mon avis la Honda Deauville (NTV 650 ou NTV 700) qui rassemble de nombreuses caractéristiques proches de celles d’une moto de grand tourisme pour deux fois moins cher.

Mais on peut tout aussi bien viser une moto basique ou roadster, de préférence en version semi-carénée :

Les motos routières sont aujourd’hui de plus en plus des « hybrides » de trail routier.
En moyenne cylindrée, nombre de motos constituent d’excellentes alternatives aux motos carénées, avec plus de confort :

Autre créneau de marché possible, les motos routières-GT ou « sportives routières », hélas peu nombreuses en moyenne cylindrée et moins confortables du fait d’une position de conduite en appui sur les poignets :

Encore plus rares, les motos de type « bagger », sorte de GT déshabillées, hybrides entre les customs et les GT :

Tout est ensuite une question d’équipement de la moto : bagagerie souple ou rigide, accessoires de protection contre le vent, la pluie et le froid, selle « confort », poignées chauffantes, etc.

A condition de posséder le gabarit physique adéquat (plus de 1,70 m et de bons muscles), on peut enfin envisager une des vieilles gloires du GT.

Voire, pour commencer à goûter aux joies de la Béhême, un K75RT ou une R80RT ou R100RT.
Et pourquoi pas une R850RT (de préférence post-2002)… Mais là, il faut vraiment mesurer plus de 1,75 m, plutôt 1,80 m, avoir de grandes pattes et/ou une bonne constitution.

* * *

Dans tous les cas, la première moto doit être une bécane d’occasion, même récente.
Votre portefeuille personnel, votre banquier et votre assureur apprécieront, à l’achat comme en cas de chute.

Vous vous sentirez plus sûr de vous au bout de quelques mois (au moins un an ou 20.000 km) pour passer sur une « grosse » GT, haute et lourde :

* * *

Mais, me direz-vous, qu’y a-t-il de si compliqué ?

Après tout, ce n’est qu’une moto, elle se conduit comme toutes les autres, pas de raison que ce soit plus difficile.
Et vu le faible rapport poids / puissance (comparé à une sportive, j’entends), on ne risque pas de se retrouver avec les yeux collés au fond du casque…
Certes, sauf qu’une moto GT est « impressionnante » à plus d’un titre.

Par son prix d’abord.
Un « p’tit jeune kinenveu » va avoir du mal à se payer une moto à près de 15.000 euros (voire 20.000 sur un modèle neuf de forte puissance avec toutes les options). Il faut ensuite songer au coût de l’entretien, loin d’être négligeable sans être astronomique, et surtout à celui de l’assurance.
Même si vous venez de vendre votre start-up à prix d’or et que vous estimez avoir les moyens de l’acheter, même si vous avez 40 ans passés avec plus de 13 ans d’assurance automobile sans sinistre, faites attention au regard que vous lancera votre assureur moto quand vous lui annoncerez que vous allez acheter comme première moto une bécane carénée de plus de 1.000 centimètres cubes et neuve. Il risque d’avoir soit un petit sursaut, soit un grand sourire gourmand…
J’ai vu des primes d’assurance à 3.000 euros par an en tous risques sur Paris.

Par son faux caractère de « grosse mère tranquille », ensuite.
La protection contre le vent est telle que l’on ne se rend pas compte de la vitesse. La stabilité est tellement irréprochable, le freinage tellement puissant que l’on a une impression de sécurité complète.
Résultat, parfois, on se retrouve dans une situation d’urgence que l’on n’a pas vue venir. Et si on ne connaît pas bien sa machine, c’est mal barré…

Bien connaître une moto, cela demande du temps, ou plus exactement des kilomètres.
Beaucoup de kilomètres. J’estime personnellement qu’il faut entre 5.000 et 10.000 bornes pour avoir à peu près fait le tour des réactions d’une moto. Et encore, pour un motard expérimenté, qui aura l’habitude de changer de monture et de savoir interpréter les différences de comportement.
A condition également de varier les parcours : 5.000 km toujours sur la même route (genre domicile-travail par voie rapide), ce n’est pas la même chose qu’en sortant tous les week-ends en balade en montagne et/ou en partant en vadrouille à l’autre bout de la France pour une concentre…

Pour un débutant total, il faut bien compter 10.000 à 15.000 km avant de se sentir vraiment à l’aise.
Or c’est là qu’il entre dans la période la plus dangereuse !
Quand on ne se sent pas à l’aise, au moins on fait attention. La confiance aidant, on perd cette attention, cette concentration, on se laisse aller plus facilement parce qu’on sait rattraper les petites situations d’urgence. On repousse ses limites. Qu’advienne un vrai gros problème, ce sera dans des conditions tellement extrêmes qu’il ne vous laissera aucune chance.

Enfin et surtout, une moto GT impressionne par son poids et son gabarit.
Près de 300 kilos tous pleins faits (parfois plus), vous y ajoutez le poids du top-case et de son contenu, le contenu éventuel des valises, le poids de la radio, peut-être une sacoche de réservoir, et même parfois un passager : on atteint les 400 kg de masse en mouvement, sans compter celle du conducteur.
A partir de 20-30 km/h, ça va, la moto est stable et bien équilibrée. Pourvu que l’amortisseur arrière soit encore en vie et les pneus bien gonflés, c’est un vrai plaisir.
Mais en dessous, gaffe ! Au-delà de cinq degrés d’angle, la moto tombe facilement, et quand elle part, plus question de la rattraper. La selle, souvent assez haute et large, n’arrange pas les choses pour ceux qui mesurent moins d’un mètre 80.
Il suffit d’un rien, une feuille morte qui glisse sous la semelle au feu rouge, un sol meuble, le sable qui se dérobe sous vos pieds au moment de béquiller, la semelle boueuse qui ripe sur la béquille centrale, la passagère qui se penche un peu trop dans un mouvement brusque (ou qui s’endort, vécu), l’herbe humide qui glissouille… Et la moto verse sur le côté.

De même, il faut faire très attention au béquillage et débéquillage, que ce soit sur la latérale ou la centrale.
Avec une moto GT, il faut tout anticiper.
Réfléchissez bien avant de vous stationner : comment allez-vous repartir ? Le stationnement est vraiment la situation où le poids se fait le plus sentir.

Dernier point qui consolera peut-être les débutants : le poids d’une moto GT ne constitue pas à mes yeux un inconvénient majeur pour un motard débutant. Du moins pas plus que pour un motard chevronné.
On a vu des motards très expérimentés coucher leur RT à l’arrêt. C’est une question d’une part de gabarit physique et d’autre part d’expérience sur cette moto (et non d’expérience de la moto en général), de maîtrise de son équilibre.
J’ai même vu un camarade (aujourd’hui décédé) perdre l’équilibre à l’arrêt devant son garage, à un endroit qu’il connaissait comme sa poche, en faisant une manoeuvre peut-être pour la 2.000e fois de sa vie, sur une moto qu’il connaissait par coeur, c’était sa troisième RT après plusieurs dizaines de milliers de kilomètres…

Bref, choisir de prendre une moto de grand tourisme comme première machine peut s’avérer un bon choix, si c’est vraiment la pratique moto qui vous convient (et je ne peux personnellement que vous comprendre et vous approuver).
Mais ce choix doit être longuement réfléchi et fondé sur des conditions qu’il vaudra mieux respecter : votre constitution physique, votre expérience (ou absence d’expérience), et votre budget.

  187 comments for “Choisir une GT comme première moto

  1. Sylv1
    6 décembre 2016 at 12:14

    Merci pour ce sujet le plus exhaustif et le plus objectif concernant les GT que j’ai pu lire!
    Cela a fini de m’ouvrir les yeux et m’a conforté dans mes choix de partir sur une petite GT (Deauville pour ne pas la citer et je patienterai pour de la grosse cylindrée 😛 )

  2. pascal
    1 mai 2016 at 11:30

    je partage l’avis de lionel possesseur moi même d’uneversys 1000 cette moto est un plaisir de facilité ,j’ai juste un reproche , le moteur s’arrête parfois en changeant de vitesse et repart quand je relache l’embrayage ,à voir en concession ,cela mis à part c’est une merveille de souplesse et de facilité

  3. lionel
    22 avril 2016 at 02:15

    Salut à tous,
    En Juin dernier j’avais dans l’idée de commencer la moto par une bmw k16 gtl .
    Après les conseils de FAB et d’autres personnes sur le site, j’ai laissé tomber car trop dangereux, trop cher, trop puissant, lourd …
    Mon permis en poche depuis le 16 Décembre 2015, je roule en kawasaki versys 1000 grand tourer (2015).
    J’ai déjà fait 6000 km par tous les temps ( même la neige) depuis le 20 Janvier la date d’achat.
    Quel pied cette machine, puissance, confort, duo, tenue de route, un vrai vélo … en plus elle est canon (la nouvelle version).
    Je ne suis qu’un p’tit débutant (à 48 ans) mais fier et heureux d’être motard.
    Merci à toi FAB pour tes conseils
    Prudence à tous
    LIONEL

  4. kfolive
    29 février 2016 at 15:12

    Bonjour,
    A presque 45 ans et quelques années en scooter 125, j’ai mon A depuis juin 2015.
    J’ai suivi les conseils de ce site en commençant en Deauville…j’ai toujours aimé sa ligne.
    Après 7000 km, et depuis 2 semaines, je suis passé à la Goldwing 1800.
    Alors oui, cela fait peur les premiers km, je suis allé la chercher sous la flotte, une cinquantaine de bornes…le cul serré lol.
    Eh bien, même avec ma faible expérience motard, je suis beaucoup plus à l’aise sur cette moto que sur la Deauville.
    On lâche l’embrayage, on accélère pas et la moto avance seule et c’est un jeu d’enfant de la diriger « comme un vélo » même guidon en butée.
    Pratique pour les manoeuvres à basse vitesse, après quand on tourne la poignée, l’onctuosité et le couple d’une routière est jouissif.

    Tout cela pour dire qu’une grosse routière est possible, avec une conduite responsable.
    Ce type de moto vous le rend bien tellement le plaisir est immense.
    Mes parcours sont urbains et extra urbains (Paris et banlieue)

  5. Damien
    14 février 2016 at 10:37

    Bonjour,
    Je viens de passer 22 ans sans moto. La seule expérience que j’ai est 3 ans en fzx 750. Conduite principalement urbaine ( Paris ) et quelques balades en duo.
    Aujourd’hui j’envisage l’achat d’une grosse Gt du type Pan European.

    A votre avis, fais je une erreur ou dois je me considérer comme à nouveau débutant et reprendre les gestes qui vont bien sur une cylindrée plus petite ?
    Merci de vos conseils.

    • FlatFab
      14 février 2016 at 10:50

      C’est à mon sens beaucoup trop ambitieux… mais hélas classique. Vous devez vraiment vous considérer comme un débutant !

      Je vous invite d’une part à lire l’article suivant : Commencer la moto tard (ou reprendre après des années).
      Lisez également les commentaires avec des témoignages des personnes qui ont été dans votre situation

      D’autre part à reprendre des cours, de préférence avec un formateur spécialisé en perfectionnement, surtout si vous restez sur votre idée de commencer avec une GT.

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