Adapter sa moto pour les petites tailles

Corollaire de la présence croissante de femmes parmi les conducteurs de deux-roues, la nécessité de motos « accessibles », légères et basses, se fait de plus en plus sentir. Il n’est pas facile de contrôler une moto ou un scooter à l’arrêt ou à basse vitesse quand les pieds touchent à peine le sol ! Alors pour les petits gabarits (hommes et femmes de moins de 1,70m), y a pas 36 solutions…

Première publication en mai 2007.
Dernière mise à jour en juin 2020.

Ce dessin, réalisé par Marco$, a été publié en 2008 dans un dossier du mensuel Moto2 (aujourd’hui disparu), dont j’ai participé à la rédaction. Marco a bien voulu m’autoriser à reprendre ce dessin pour cet article.
Ce dessin est soumis au droit d’auteur et ne peut être reproduit sans l’autorisation de celui-ci.

Introduction

Un deux-roues moteur pèse lourd.
A moins de choisir une machine de trial ou une 50 cc, vous aurez forcément plus de 100 kilos sous les fesses, avec un centre de gravité à 40, 50, voire 60 cm du sol.
Pas évident à retenir dans une rue en pente, un demi-tour en dévers, quand les bandes blanches glissouillent, qu’une feuille morte humide se glisse sous votre semelle…
Encore moins évident à remettre sur ses roues une fois à terre, surtout quand on pèse 50 ou 60 kilos.

Le principal « antidote » s’appelle l’expérience.

Avec le temps, les kilomètres, les mésaventures, on apprend à anticiper, à observer, à prendre en compte tous les paramètres pour éviter toute situation à risque.
On apprend aussi à « sentir » sa moto, son équilibre, son poids, ses réactions, donc à prévoir son comportement et l’attitude pour prévenir le déséquilibre.
C’est ainsi qu’une de mes compagnes de route, 1,60 m pour 50 kilos, manie avec brio sa R1150RT de 300 kilos, la stationne, la manœuvre à la main, la béquille et débéquille de la centrale sans souci… mais avec 35 ans de moto derrière elle.

L’expérience, c’est aussi la compétence de pilotage.

Vous êtes petite (ou courte sur pattes) et vous avez du mal à contrôler votre moto dans les manœuvres à basse vitesse, en demi-tour, ou sur les graviers, les cailloux, le sable, bref toutes situations d’équilibre précaire et d’adhérence réduite ?
N’avez-vous jamais pensé qu’il n’était pas nécessaire (voire contre-productif) de mettre les pieds par terre ?
Hé oui, on contrôle bien mieux la moto en gardant les pieds sur les repose-pieds !

Formez-vous (à la conduite moto, bien sûr !), faites de l’enduro, du trial, des stages de perfectionnement route… et vous verrez qu’en fait, vous n’avez pas besoin de sortir les pieds sauf pour un arrêt complet (et encore).

On peut faire 1,65 m (5 pieds et 5 pouces, en système impérial) et conduire sans difficulté une BMW R1200GS Adventure.
C’est une question de compétence, pas de physique.

Le problème, c’est qu’il faut bien débuter un jour…
Pendant ce temps-là, il faut bien assurer un minimum de stabilité.

* * *

Choisir une moto basse

En général, les plus basses sont les motos dites « customs » (mais faut aimer), les sportives (mais il faut savoir les maîtriser), ou les roadsters.

Attention, la hauteur de selle est une chose : plus elle est basse, plus vous pourrez poser facilement les pieds à terre.

Mais la position du centre de gravité de la machine en est une autre qu’il ne faut pas négliger.
Si le poids est haut placé, la moto sera quand même difficile à retenir à l’arrêt, même avec une hauteur de selle basse.

La forme du réservoir et surtout de la selle (sa largeur notamment) joue aussi un rôle.
Il faut mesurer ce qu’on appelle l’arc d’entrejambes, qui combine à la fois la hauteur de selle et la largeur de selle : c’est lui qui déterminera si vous pourrez facilement poser les pieds au sol.

Dans la pratique, une règle simple : il faut absolument essayer une moto avant de l’acheter !
Ne pas se laisser emporter par les aspects esthétiques ou de standing, et privilégier le côté pratique.

Mieux vaut se sentir bien sur une moto qui n’en jette pas que se trouver en difficulté sur la dernière bécane à la mode qui vous fera tellement chier qu’elle vous dégoûtera au final de monter dessus.

Choisir une moto qui vous fait plaisir, c’est-à-dire qui vous donne du plaisir quand vous roulez dessus (c’est quand même comme ça que vous passerez le plus de temps), pas à regarder assis(e) à la terrasse du bar.

En 2014, le constructeur BMW Motorrad a mis en ligne une initiative sympa.
Un « configurateur de hauteur de selle » permettait de paramétrer votre taille, longueur d’entrejambes et tour de taille pour voir quelle serait votre position sur chacune des motos de la gamme.
Cette initiative louable n’a pas duré.

Il y a quelques années (en 2007), la marque américaine Buell (aujourd’hui disparue) avait sorti une moto spécifiquement conçue pour les petits.
La XB12S Lightning, moto de 1.200 cm3, était proposée en version CG (pour « courtes gambettes » ou « courtes guibolles » ?), plus basse de 3,9 cm par rapport à la version initiale, pour une hauteur de selle record de 726 mm (en charge, pleins faits).

En 2015, Triumph suit la même démarche en proposant une version « Low » de son Tiger 800 XRx, spécialement taillée pour les courts sur pattes. Avec 760 mm de hauteur de selle, on reste dans une moto faite pour les personnes de plus de 1,60-1,65 m, mais c’est tout de même la plus basse des trails routiers. 
Même la BMW F700GS avec kit de rabaissement, déjà bien basse, affiche 5 mm de plus.
Le tout disponible dans les mêmes coloris et au même prix que la version « standard ».

Attention toutefois : il faut rester conscient(e) que ces modifications entraînent un centre de gravité naturellement plus bas que sur la version originale, ainsi qu’une garde au sol un peu plus faible.

* * *

Modifier la selle

Creuser la selle conducteur, réduire l’épaisseur de mousse, la rendre plus étroite.

C’est souvent la solution la plus efficace, même si ce n’est pas toujours satisfaisant en termes d’esthétique et de confort (moins de mousse = moins d’amortissement = mal aux fesses plus vite), mais aussi de prix car lors de la revente de la moto, il faudra parfois changer la selle creusée pour en remettre une neuve…

L’opération représente un coût très variable en fonction de la prestation.
Un simple creusage de mousse coûte environ 100 euros, voire moins. Compter 150 à 200 euros pour une selle personnalisée à partir de votre selle d’origine. Si vous voulez une selle complète, c’est à partir de 300 euros et jusque 500 ou 600 euros (sérigraphiée, avec gel, chauffante, etc.).

Pour en savoir plus, lire Changer de selle.

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Abaisser les suspensions

D’abord en réglant l’amortisseur arrière plus souple, pour que la moto s’enfonce plus quand vous vous asseyez dessus. Mais forcément, l’amortisseur filtre moins bien les chocs…
Ensuite, on peut régler la détente du ressort plus courte.
Certains fabricants proposent même des amortisseurs plus courts, mais tarés plus durs, pour garder une bonne suspension. Adressez-vous à votre garagiste.

Autre solution, un kit de surbaissement Mizu.
Mizu propose plus de 60 kits de surbaissement moto qui peuvent équiper la plupart des motos du marché, des années 90 à nos jours, avec un temps de pose allant de quelques minutes pour les plus simples, à une heure pour les plus élaborés.
C’est une solution à moindre coût, mais surtout réversible.

En changeant une simple pièce (biellette de suspension ou pied d’amortisseur selon le modèle), vous diminuer jusqu’à 50 mm la hauteur de selle (le gain de hauteur dépend du modèle de la moto).
En règle générale, il ne faut pas retoucher la suspension avant ou il faut se limiter à remonter les tubes de fourches dans les tés de suspension de la moitié du gain obtenu sur la suspension arrière.

Bien sûr, la pose d’un kit Mizu réduit un peu la garde au sol, effet recherché. Mais comme les pilotes de petite taille ont en général un poids correspondant à leur taille, cette réduction de garde au sol n’est pas sensible en pratique.

Les kits de surbaissement Mizu sont fabriqués en aluminium ou acier traité et sont fournis avec un certificat d’homologation TÜV. Si la pièce qui est remplacée comporte des roulements et/ou des joints d’étanchéité, ceux-ci sont fournis et montés sur la nouvelle pièce.

L’homologation TÜV (organisme allemand de sécurité), en plus de la qualité et de la robustesse de chaque kit, vérifie que :
– le béquillage latérale est toujours dans les normes CEE après la pose du kit,
– le débattement de la roue arrière est correcte pour le poids total en charge déclaré par le constructeur de la moto. Celui-ci est indiqué sur la carte grise de chaque moto.
Ne dépassez jamais le poids indiqué.

Parallèlement, il existe des pontets de guidon décalés. Car quand on a de courtes pattes, on n’a en général pas le bras long. La société allemande LSL commercialise des pontets de guidon qui permettent de rapprocher le guidon de 2,5 cm vers le pilote. Suivant les modèles, ces pontets décalés peuvent aussi les relever de 25 à 35 mm.
A commander chez Bihr.

Un résumé de ces différentes solutions dans un dossier du magazine en ligne Mag’Motardes : Rabaisser sa moto

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Je termine avec quelques vidéos anglophones qui donnent des conseils pour les motards et motardes de petit gabarit.

  311 comments for “Adapter sa moto pour les petites tailles

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