Réflexion sur la formation initiale

Réflexions personnelles, illustrées de points de vue de spécialistes, sur la formation à la conduite en deux-roues en France de nos jours.

Malgré la baisse du nombre de tués sur les routes françaises, la part des « jeunes » (18-24 ans) dans les accidents de la circulation reste à peu près la même depuis le début du 21e siècle: alors qu’elle représente 13% de la population, elle est de 28% des tués sur la route. Plus de deux fois plus.
Les accidents de la route demeurent la première cause de mortalité chez les jeunes français (devant les suicides), et notamment chez les enfants de moins de dix ans (un tiers des morts de moins de 14 ans ont été tués alors qu’ils circulaient à pied ou en vélo).
L’éducation routière (pas juste l’apprentissage de la conduite) constitue un véritable problème de société.

Acquérir un comportement responsable et vigilant doit logiquement constituer l’axe principal de la formation initiale au principal moyen de transport individuel et autonome utilisé par les jeunes, le deux-roues (avec et sans moteur).
D’autant plus que ce mode de transport s’avère précisément un des plus dangereux, non pas dangereux en lui-même (ce n’est pas la moto qui est accidentogène, mais le comportement de son conducteur et des autres usagers de la route), mais par son accidentologie particulière et la gravité des conséquences en cas d’accident.

De même, puisque l’on sait que la majorité des accidents corporels impliquant un deux-roues sont de la responsabilité des autres véhicules et que la plupart de ces accidents proviennent d’un problème de perception du deux-roues, il semblerait tout aussi logique d’éduquer les autres usagers de la route à la présence des deux-roues sur la route et dans la rue, voire de leur inculquer les bases des spécificités de leur conduite, afin de les sensibiliser aux risques.

On en est loin…

Aujourd’hui dans les auto et moto-écoles françaises, on n’apprend pas à bien se conduire au milieu des autres. On n’apprend même pas à conduire de façon responsable, autonome, efficace, sûre. On s’exerce juste à réussir un examen.

Un seul examen de quelques minutes, qui permet d’acquérir le droit de conduire pour la vie entière (sauf circonstances judiciaires particulières), sans réexamen périodique, sans contrôle médical régulier, sans contrôle des connaissances…

Dans un entretien avec « MAIF Magazine », Jean-Baptiste Piffeteau, concepteur et rédacteur de supports pédagogiques aux Codes Rousseau pendant plus de 15 ans, ancien moniteur d’auto-école et formateur de moniteurs, propose « d’élargir la formation des futurs conducteurs au déplacement respectueux des autres usagers de la route, pour aller au-delà du simple apprentissage du pilotage des véhicules« . Tout est dit.

Comment ?
En mettant en place « une formation à l’école, qui commence dès l’enfance par un apprentissage aux comportements et aux déplacements dans l’espace public, qui lutte contre les incivilités et certains comportements sociaux dans la rue et lors des déplacements« .
« La transgression des interdits, l’indifférence, l’individualisme sont des débuts des comportements à risques sur la route. Pour motiver les jeunes, il faut les impliquer et éviter le bachotage. La formation doit être faite en groupe pour qu’ils apprennent à travailler ensemble, à débattre et à se respecter. Cela fait partie de l’apprentissage à la vie civilisée« .

Autre entretien, autres vérités, celles de Fabien Colin, un formateur moto (les hasards de la vie ont fait que Fabien a été un de mes formateurs Bepecaser pour devenir enseignant de conduite moto), publiées dans la revue de la Sécurité Routière (n°136).
Quelques extraits pour exprimer ce que je partage parmi ses propos. Je souligne les points les plus importants à mes yeux.

« Le futur motard a une représentation assez onirique de la moto, forgée notamment par les hebdomadaires spécialisés qui valorisent parfois la transgression, la prise de risques. Par exemple, lors de la présentation d’une nouvelle moto, il n’est pas rare de voir des photos de l’engin sur une seule roue. Ou bien le pilote a le genou qui colle à la route, on montre des photos de deux ou trois motards de front… Le lectorat jeune s’identifie facilement, on lui vend du cliché à longueur de numéros. Dans cet imaginaire, se casser, se faire mal, c’est valorisant. »

« Le but est plutôt de leur donner un comportement aussi sûr que possible sur une moto, travailler sur la représentation, et aussi leur donner une technicité qui rend la conduite d’une moto plus fiable. Attention aux réflexes des automobilistes : une moto n’est pas bien vue, même le phare allumé, et il faut adapter son comportement à l’erreur possible des autres usagers de la route. »

« Certains disent qu’enseigner trop de techniques aux élèves les incite à prendre plus de risques. La technique, oui, mais si elle aboutit à une prise de conscience de la difficulté réelle de conduire une moto »

« Le motard doit comprendre que la voiture qui s’écarte pour le laisser passer, ce n’est pas un dû. Le motard est un usager de la route comme les autres. Je ne revendique aucun droit particulier pour les motards, sauf la prise en compte des spécificités des deux-roues pour l’aménagement d’infrastructures. »

« Il faut sans cesse expliquer qu’on peut faire de la moto tranquillement, qu’on n’est pas obligé de poser le genou par terre à chaque virage. Et puis faire valoir des arguments positifs : le plaisir de humer les champignons à 60 km/h dans les bois, dire qu’on s’amuse plus à prendre un virage en épingle proprement à 30 km/h que de caler le compteur au-dessus de 200 km/h sur l’autoroute. Ça, c’est à la portée de n’importe qui ! On peut prendre du plaisir différemment à moto. »

La recherche scientifique sur l’apprentissage de la conduite moto, en particulier sur l’évaluation de l’efficacité des curriculums (programme de formation organisé ou, plus précisément, « ensemble cohérent de contenus et de situations d’apprentissage mis en œuvre dans une progression déterminée » ) à travers de la mesure de la rétention des habiletés de conduite acquises en formation moto, a mis en lumière que les élèves qui ont le plus appris à court terme montrent à long terme la plus forte perte de savoir-faire.
Les stages « en accéléré », par exemple, conçus pour réussir l’examen de conduite le plus rapidement possible, sont un nid de mauvaises habitudes qui font le lit de comportements accidentogènes.

Le plus paradoxal est que le niveau de difficulté du permis moto n’influe que très peu sur la mortalité routière.
Le permis A français est un des plus difficiles au monde, surtout parce qu’il est exagérément centré sur les dimensions de contrôle mécanique de la machine, de maniement de la moto, au détriment des compétences perceptives d’anticipation, de détection et d’évaluation des risques en situation accidentogène.
Résultat, on forme des motards qui savent manier la moto de façon pointue (et encore, seulement dans une situation proche de celle de l’examen) mais qui souffrent de deux maux :
– un phénomène de « surconfiance » des jeunes conducteurs, certes typique des conducteurs débutants (quel que soit le pays et quelle que soit la catégorie de véhicules) mais encore plus prononcé en France ;
– un manque de préparation aux conditions réelles de circulation, en particulier au partage de la route avec d’autres véhicules dans les environnements difficiles (ville, intersections, interfiles).

Le motard français débutant est exagérément centré sur lui-même, sur sa maîtrise de sa machine, dont il pense qu’elle va lui permettre de se sortir de tous les pièges, alors qu’une conduite fondée sur l’anticipation permettrait d’éviter les pièges.

La France connaît un nombre de tués à moto par millier de kilomètres parcouru supérieur à l’Australie.
Or en Australie, les modalités d’acquisition du permis de conduire moto sont radicalement différentes et bien plus simples.
Un examen théorique (par QCM), deux journées de huit heures de cours pour donner les bases, pas d’examen, et hop ! vous partez sur la route avec un permis « débutant », valable pour six mois à un an. Sauf que vous n’avez droit qu’aux motos de 400 cm3, certaines 600 cm3 peu puissantes et tous les mono-cylindres de moins de 650 cm3.
Après cette période d’apprentissage, retour à la moto-école, une demi-journée de cours supplémentaire, pas d’examen plateau, seulement un examen de conduite en circulation et si c’est bon, vous obtenez un permis provisoire pour un à deux ans, avec là aussi des grosses restrictions sur les modèles de motos accessibles.
Ce n’est qu’après cette période d’initiation que vous pouvez prendre n’importe quelle moto. Et c’est valable quel que soit l’âge.
On pourrait croire que ce serait dangereux, mais ils ont de meilleurs résultats en sécurité routière que nous, à population comparable, niveau de développement comparable et environnement comparable (proportion urbain/campagne, relief, etc.)

L’expérience acquise de façon progressive, à la fois dans le temps et dans l’accession à la puissance, est la clef de la sécurité à moto.
L’ennemie du motard, c’est une formation :
– centrée sur le maniement,
– concentrée dans le temps,
– qui donne accès de suite à des motos puissantes.

Dans l’idéal des rêves du formateur en sécurité routière, il faudrait une formation assez longue (20 à 30 heures) mais surtout étalée dans le temps, avec une prise d’expérience progressive, avec plusieurs passages en établissement de formation au cours de cette initiation sur la route, accompagnée d’une accession à la puissance par étapes, par paliers, et pour tous les apprentis motards, sans condition d’âge ni d’ancienneté de conduite.
Dans mes rêves, ce serait par exemple trois demi-journées de formation de base, sanctionnées par un examen plateau de contrôle des compétences de base (avec équipement complet homologué obligatoire), suivi de six mois en 125 obligatoires pour tout le monde.
Puis encore trois demi-journées de formation sur gros cube, un examen en circulation, un an minimum de conduite en moto catégorie A2 (50 chevaux maximum).
Une dernière demi-journée de formation centrée sur le comportement et deux ans de « période probatoire » en moto 100 chevaux maximum : six points sur le permis, annulation immédiate en cas d’alcoolémie positive ou de stupéfiants, obligation de suivre un stage de sensibilisation en cas d’excès de vitesse, remise à zéro de la période probatoire en cas d’infraction grave (notamment débridage).
Quelque chose qui responsabilise le motard : tu conduis cool, tu fais gaffe à toi et aux autres = tout va bien / tu fais le con = ça cogne fort direct.
Et à l’issue de cette période probatoire, accès à toutes les motos sans limitation de puissance.

Dans le domaine sportif, tout le monde reconnaît l’avantage d’une initiation dès le plus jeune âge et d’un apprentissage continu et progressif.
Les exemples ne manquent pas de champions moto qui ont commencé la moto très jeunes, avec une progression très lente dans les cylindrées et les puissances, avec un parcours graduel dans les différentes catégories des différentes disciplines sportives motocyclistes.
On est tous d’accord que ce sont souvent ceux qui ont connu le plus jeune qui arrivent au meilleur niveau à l’âge adulte, exact ?
Alors pourquoi, quand on parle de pratique routière, conseillerait-on de griller les étapes et de commencer direct sur un gros cube ?

Si notre objectif commun est de pratiquer la moto avec la meilleure sécurité possible (sachant qu’elle ne sera jamais totale), il faut convenir que cet objectif s’exerce sur tous les tableaux : équipement motard, véhicule, entretien… mais aussi apprentissage progressif, qualité de la formation initiale, entraînement régulier avec des formations complémentaires…
Le tout visant principalement à une maîtrise optimale de l’environnement.

  12 comments for “Réflexion sur la formation initiale

  1. 1 mars 2016 at 18:55

    Je viens de discuter avec un prof d’auto école. Il y a des villes où il n’y a qu’un seul circuit possible pour faire passer le permis. Résultat, bachotage a donf pour avoir le permis. Il me semble que le permis c’est pas juste un examen, ça devrait plutôt être une validation d’une capacité à conduire. Si le parcours est connu par coeur, à quoi bon ???

    Pour le permis moto que je n’ai pas encore, je trouve très bien qu’il faille apprendre à manœuvrer sa moto, d’autant qu’ils ont supprimé les chronos sauf au début du lent. Reste que c’est loin de suffire. Je pense que la préparation sur la route devrait être au moins aussi importante. Voire plus de simulations de conditions extrêmes avec des casques de réalité virtuelles. On ne peut pas avoir des situations d’évitement d’urgence à chaque fois qu’on roule.

    Merci une fois de plus pour ces articles qui forcent à réfléchir !

  2. Saskatchewan
    16 mars 2014 at 01:44

    Bonjour!

    Tout d’abord, félicitations et merci pour ce site si complet et si intéressant sur la moto et auquel je me réfère régulièrement.

    J’ai passé le permis en juin 2013 (je suis une minette de 46 ans ;-)), et je roule en CB500 (mon coeur battait pour la Hornet et plus encore pour la Street Triple, mais j’ai fait ce choix exactement pour les mêmes raisons que vous détaillez largement dans votre article « Quelle moto pour débuter »).

    Ma formation initiale m’a vraiment laissée « sur ma faim » quant aux heures de circulation, qui sont soi-disant les plus évidentes, les plus « faciles » etc. mais dont l’objectif premier, selon moi, serait de mettre l’accent sur des conseils de conduite sûre et efficace, et de sensibiliser le motard aux dangers potentiels inhérents à la conduite d’une moto, sur des trajets variés (routes de campagne, voies rapides, ville).

    Cela vient certainement du formateur, mais je n’ai eu pour ma part aucun conseil que j’ai pu mettre en pratique une fois le permis et poche! Je conduis de façon responsable, mais j’ai parfois l’impression de faire des bourdes monumentales et chaque sortie moto est l’occasion de prendre conscience de ce qu’il ne faut pas ou éviter de faire à moto !

    Ce permis reste pour moi (même si les épreuves du nouveau permis m’ont parues bien plus utiles pour se préparer à des situations de conduite réelles que celles de l’ancien permis, ne serait-ce que l’utilisation du point de patinage et le redémarrage en tournant du parcours lent) une succession d’épreuves où l’accent est plus mis sur la performance pure que sur la préparation à la conduite d’une moto dans la vraie vie, et c’est bien dommage!

    Certains moniteurs privilégient le rendement de leur auto-école et leur chiffre d’affaires plutôt que la formation de futurs motards, et sont des irresponsables cupides et dangereux!

    Je compte donc suivre des formations complémentaires (la première est d’ailleurs une « journée trajectoire » ce printemps) pour pallier le manque de conseils de l’auto-école.

    C’est bien dommage d’ailleurs que je sois très loin de Bordeaux car vos formations m’auraient bien intéressée!

    Merci encore beaucoup pour votre site qui est unique et vos articles !

    • hélène
      29 mai 2015 at 22:00

      Bonjour !
      Je viens d’obtenir le permis et j’ai exactement la même impression : le plateau est vraiment utile, mais les heures de circu sont très vite bouclées et ne laissent pas vraiment l’occasion d’appliquer en situation réelle les techniques de plateau. Après, on est largué avec une moto entre les pattes, et on se débrouille comme on peut…
      Je n’ai pas encore l’occasion de rouler tous les jours mais je vais essayer de le faire au moins une à deux fois par semaine. Mes premiers tours de roue se sont faits avec mon passager, sur des routes de campagnes très étroites avec des virages aveugles à 90°. Autant dire que je ne faisais pas la fière, d’autant que mon vieux trail de plus de 20 ans est radicalement différent du roadster moderne sur lequel j’ai passé le permis !
      À mon sens, une fois le permis acquis, on devrait systématiquement se voir proposer une cession permettant de prendre sa première moto en main sans forcément passer par un stage de perfectionnement. Ce serait une suite logique.

      • FlatFab
        29 mai 2015 at 22:07

        D’accord sur le fond.
        Mais en même temps, une « session de formation » après le permis, quelle est la différence avec un stage de perfectionnement ? 😉

        • hélène
          29 mai 2015 at 22:11

          Ce serait pris sur les mêmes heures que le permis, 2 à 4 heures de conduite supplémentaires avec le même moniteur, au même endroit, pas d’inscription requise… En bref, plus pratique et accessible à tout le monde.

          • Ricky
            30 mai 2015 at 12:12

            L’après formation c’est la deuxième phase de la formation. Il te faut faire ta propre expérience.

            Le mieux est de rouler très souvent, voir quotidiennement.
            Il faut rouler tranquille, bien prendre le temps de tout faire calmement.
            Surtout ne pas se laisser stresser par les autres usagers.

            Au début on trouve que 80km/h c’est déjà très rapide, le 110 semble énorme. C’est normal.

            Ensuite une formation après 1 an de pratique me semble pas mal. Ca permet de corriger les défauts.

            Je considère que la moto est une pratique sportive et comme tous les sports on est pas champion du jour au lendemain.
            Il faut bien passer par la case débutant, mais c’est tellement bien de se sentir progresser 🙂

            Amicalement
            Ricky

      • Grizzlette
        24 janvier 2016 at 21:32

        Heureusement que ce site existe! C’est en le parcourant et en lisant ses différents articles que j’ai appris la base, dont comment me tenir sur une moto! Et ça marche, bien entendu! Apprendre la base de la conduite moto sur un site Internet, c’est à rire et à pleurer! À se demander si le moniteur, payé une fortune, le savait lui-même…

  3. brisy
    26 juin 2012 at 17:11

    C’est bien ça le problème :
    les instructeurs nous apprennent à passer le permis, quand toi, et d’autres nous apprenez à rouler en sécurité …
    cela pose plusieurs questions:
    – quel est cet examen qui ne colle pas à la réalité?
    -et en corollaire; ne met-il pas sur la route des « pilotes  » insuffisamment formés et informés (donc dangereux pour eux-mêmes et les autres).
    -Comment améliorer la formation de base ?
    -pourquoi est-elle si limitée en heures de conduite en situation?

    Si je repense aux stages de perfectionnement ; essentiellement apprendre à freiner( de l’arrière notamment), perfectionner le regard (encore et toujours), soigner la position de conduite(dans plusieurs situations différentes), augmenter la confiance en soi, limiter celle que l’on fait aux autres ,etc….j’en passe et des meilleures sûrement !
    celà réfère à votre analyse quand aux motards morts « par beau temps  » en rase campagne entre guillemets « sans raison », le beau temps les ramène sur la route ces jours -çi.

    en rééducation , on apprend qu’un entrainement physique ou prioceptif(perceptions/sensations) ne dure qu’un certain temps : de même sûrement pour la conduite si l’exercice fréquent ne vient pas revalider les acquis.

    amicalement
    marco

  4. 23 février 2012 at 12:06

    Bonjour,

    Bravo pour ce blog fort instructif. A + de 40 ans, après 20 ans de permis auto, et 10 ans de scoot 125 puis lt400, j’ai passé et obtenu mon permis moto, (du premier coup), en janvier 2012 et je roule depuis sur un roadster 850 Aprilia.
    Je souhaite vous faire partager mon expérience sur la formation initiale, que je trouve… lamentable !
    a) Le code : Et oui, pour rouler, il faut d’abord passer le code, ça tombe sous le sens. Quant on a 20 ans de permis comme moi, on pense que ce sera une formalité. Erreur… Qu’il y ait nécessité de connaitre le code, personne ne le nie… Mais que les questions soient 100% vicieuses oblige à un bachotage desdites questions pour apprendre à contourner le vice, et potasser un ensemble de situation dont la plupart ne se produiront jamais (j’ai vu des panneaux et situations jamais rencontrés en 20 ans..). Bon, on potasse, on passe, et on se dit : dommage de ne pas focaliser sur les situations courantes, celles qu’on rencontre majoritairement.
    b) La plateau : Alors là… On touche l’essentiel de la difficulté pour les motards débutants et cette difficulté va se focaliser sur le parcours à allure normale. Et surtout… sur le chrono. On va tout faire pour réussir ce p… de chrono. Au bout de qq heures, en allumant comme un furieux au démarrage et en prenant un 1/2 tour bien comme il faut, on fait le chrono, alors on passe le plateau.
    c) Et la route ? La route, c’est 2 heures à 4 heures de cours, et c’est reconnu par tous : c’est le plus simple, d’ailleurs il y a 80% qui ont la route au premier tour.

    Et donc, quel bilan : le permis moto, c’est l’apologie de la violence routière (le chrono, pense au chrono, mais t’es à 21’30 là, c’est pas suffisant comme marge de sécurité, plus vite, plus fort etc..), et la quasi absence de formation sur la route, qui devrait être fondamentale.

    On ferait bien de revoir ce permis, car les p’tits jeunes dont c’était le premier permis et que je vois lâché sur les routes après une formation initiale principalement faite sur plateau, ça n’est pas très sérieux.

    * * *

    Réponse

    C’est vrai que c’est souvent ça…
    Mais pas tout le temps !

    Le leitmotiv « va plus vite, y a que le chrono qui compte », c’est la solution de facilité des formateurs qui ne connaissent pas ou ne savent pas enseigner une bonne technique de maniement de la moto, avec une bonne trajectoire sur le slalom. Avec une bonne technique, le chrono vient tout seul, pas besoin de forcer. Je suis même parfois amené à réfréner certains de mes élèves qui descendent sous les 19 secondes.

    En général, c’est plutôt le parcours à allure lente qui pose problème, car je ne l’enseigne pas au ralenti de première, mais avec la gestion des commandes (embrayage, accélérateur, frein arrière), ce qui sera obligatoire à compter de 2013.

    Et je rappelle que le minimum légal de formation en circulation, c’est 12 heures ! Même si effectivement, la plupart des élèves sont prêts en quatre à six heures, il faut normalement avoir effectué 12 heures de cours.
    Pour ma part, j’en passe au moins deux en cours théorique pour bien tout expliquer, une petite heure sur simulateur de conduite pour confronter les élèves à des situations difficiles qu’il est impossible de reproduire à volonté sur la route, et enfin 8-9 heures en circulation.

    Mais tant que le recrutement et la formation des moniteurs moto ne seront pas plus exigeants, tant que les patrons des moto-écoles continueront à vouloir faire du fric en préparant leurs élèves à réussir un examen, et non à conduire correctement une moto, tant que l’examen du permis A demeurera bêtement scolaire, cette situation risque de perdurer.

  5. slowhand73
    17 juin 2009 at 08:51

    “Le motard doit comprendre que la voiture qui s’écarte pour le laisser passer, ce n’est pas un dû. Le motard est un usager de la route comme les autres.“

    Ah, comme toujours c’est un plaisir de lire tes articles. Et cette phrase, en particulier. Il faudrait l’afficher sur les panneaux lumineux du périphérique de temps en temps.

    Motard depuis un peu plus de 10 ans, il n’y a que depuis 4 ou 5 ans que je lis moto magazine je j’ai réalisé que la FFMC n’était pas une bande de motards bons qu’à faire du bruit avec leurs moto et manifester dans les rues de Paris. Je me demande ce que peut bien penser un non motard quand il entend au journal de 20h parler des Motards en Colère.

    C’était un peu hors sujet, pardon.
    Merci encore pour ce site.
    Eric

  6. stéphanie
    9 novembre 2008 at 15:01

    Bonjour,
    Je viens de découvrir cette page et celà m’intéresse beaucoup, car je travaille sur un projet de formation ou plutôt « de modernisation de formation »(dans le cadre d’une validation d’UC universitaire de « démarche pédagogique ») .
    Je planche sur un type de formaton transversale du permis de conduire, car je pense qu’il faut sensibiliser les usagers de la route à l’environnement global, c’est-à-dire auto, moto, poids lourds, afin que chacun se fasse une idée de ce qui se passe dans « l’autre monde » et adapte son comportement(c’est une sorte de formation à la citoyenneté peut-être?).
    Je cherche des infos(référencées et vérifiables afin d’argumenter ma démarche)par exemple les contenus de formation des permis(auto/moto/poids lourds) ou encore, des publications de personnes qui se sont penchées sur la question…
    Au fait, je roule sur un flat de 1985.

    – – –

    Réponse

    Bonjour,
    Sujet vaste et complexe. On en parle en message privé.

  7. SeguinMichel
    2 octobre 2007 at 15:00

    Bonjour,
    Je commence ma deuxième intervention (voir 13/09 « Nos trucs pour bien conduire ») par des remerciements au(x) rédacteur(s) des articles.
    Je ne les ai pas encore tous lus, mais ils sont, (en simplifiant un peu), les réponses que j’attendais de la part des formateurs, examinateurs, commerçants, prévention routière, forces de l’ordre, journalistes spécialisés, fédération de motards (au fait, pourquoi être en colère?)…bref des »professionnels de la moto qui tirent leurs revenus de la moto et pour certains revendiquent une action pédagogique.

    Cet article « Réflexion sur la formation initiale aux deux-roues » fait la synthèse sur les constats quasi unanime de l’inadaptation du cursus (ou du moins des grosses marges de progression dans ce domaine).
    Avant d’appeler l’Education Nationnale à la rescousse avec un solution un peu « tarte à la crème » :
    « En mettant en place une formation à l’école, qui commence dès l’enfance par un apprentissage aux comportements et aux déplacements dans l’espace public, qui lutte contre les incivilités et certains comportements sociaux dans la rue et lors des déplacements »,
    il y a peut être des responsabilités A PRENDRE (ou pour le moins à ne pas esquiver) d’abord dans les milieux professionnels de la mot et pratiquants.

    Réponse

    C’est exactement pour ça que j’ai décidé de ne plus me cantonner au seul journalisme moto, mais de devenir également instructeur de conduite moto, afin d’avoir une action concrète, d’aider réellement les motards.

    Pour ton « au fait », je suis partisan d’un changement de nom (et de doctrine) de la FFMC. Le motard d’aujourd’hui ne doit plus être « en colère » pour se faire entendre, mais plutôt « citoyen ».

    Et enfin, je précise que je suis le seul rédacteur de tous les articles de ce site à moi tout seul personnellement (même si je n’en suis pas la seule source, évidemment, mais je cite mes sources d’inspiration).

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