Choisir ses protections de genou

Les genoux, comme l’ensemble des membres inférieurs, figurent parmi les « parents pauvres » en termes de protection des motards. Comme toutes les autres articulations, ils s’avèrent pourtant à la fois exposés et fragiles. Beaucoup de motards ignorent comment les protéger efficacement, tout en préservant leur confort de conduite. Tour d’horizon d’un créneau méconnu du marché.

Première publication : juin 2019

La protection des jambes est primordiale pour un motard car elles sont particulièrement exposées : près de deux tiers des motards accidentés sont blessés aux membres inférieurs. Pourtant, assez peu de motard(e)s s’équipent d’un pantalon adapté et nombreux sont ceux à rouler en jeans ou même en pantalon de ville.

Une étude, réalisée par Kantar TNS en 2018 pour le compte d’Axa Prévention, estime qu’en ce qui concerne l’équipement, 77% des sondés déclarent porter en 2018 des équipements spécifiques moto (blouson, bottes, gants homologués, pantalon de moto, casque), alors qu’ils n’étaient que 53% en 2014.
Mais si on regarde dans le détail, selon les enquêtes, 72% oublient le pantalon renforcé et 75% déclarent ne pas porter de pantalon spécifique moto.
Ce sont des moyennes. Car si on regarde par catégories d’usagers, la situation est pire pour les petites cylindrées (surtout les scooters), pour les femmes et pour les seniors. Et ces taux d’équipement se dégradent encore pendant l’été et aussi plus encore pour les passagers.

Et pourtant, malgré une pratique à risques et un équipement souvent insuffisant, 72% des conducteurs de 2RM disent se sentir en sécurité sur leur véhicule.
L’inconscience du risque fait qu’ils ne sont pas incités à s’équiper.
La preuve, même si les équipements devenaient obligatoires, seuls 75% des conducteurs consentiraient à porter un pantalon.
Les conducteurs ne portent pas certains équipements pour d’autres raisons (de coût, notamment) : comme le casque intégral, le blouson, les gants, les chaussures… le pantalon moto est jugé inconfortable par 24% des sondés.

Comme tout équipement de protection moto, le pantalon doit répondre à au moins deux fonctions :

  • protéger la peau contre des brûlures provoquées par l’abrasion, les frottements sur le bitume en cas de glissade, des coupures ;
  • protéger les os et surtout les articulations contre les fractures provoquées par les chocs, les impacts sur le sol en cas de chute ou contre des obstacles en fin de glissade.

Par ailleurs, le pantalon doit également vous protéger des intempéries (pluie, vent, froid, chaleur), offrir un minimum d’aspects pratiques (poches) et accessoirement, assurer une certaine esthétique.

Surtout, un « bon » pantalon moto doit assurer un certain confort de port, à la fois lors de la conduite à moto et surtout en dehors de la moto, notamment pour marcher ou pour le garder tout au long de la journée, au travail par exemple.

Et c’est là qu’est l’os…
Sur un pantalon moto, les protections de genoux (coques) doivent se placer au bon endroit, devant le genou, quand le motard se trouve en selle, donc en position assise.

Problème, quand le motard descend de selle pour se mettre debout, les coques descendent d’un cran et se retrouvent devant le tibia… Pas pratique, pas confortable, pas joli.

A l’inverse, si l’équipementier privilégie le look et le confort « à la ville », les protections de genoux remontent une fois en selle. J’ai eu le cas avec un pantalon d’un équipementier moto français qui présente bien, mais dont les coques de genoux protègent les cuisses quand je roule !

D’où le fait que nombre de motards et scootards préfèrent porter un pantalon « normal », en lieu et place d’un pantalon moto, en renonçant ainsi à toute protection. D’autres font le choix du jeans doublé en fibre aramide (kevlar), qui protègent de l’abrasion (mais rien d’autre).

Toutes ces solutions, qui font gagner en confort et en polyvalence d’usage, pèchent par manque de protection contre les chocs.

Or les membres inférieurs sont ceux qui prennent le plus, qui tapent en premier quand on tombe à moto ou à scooter.
Pour en savoir plus, lire l’article La traumatologie motarde

Je pourrais vous montrer plein d’images médicales pour vous montrer les conséquences du manque de protection des jambes chez des motards accidentés, mais croyez-moi, vous n’avez vraiment pas du tout envie de voir ça !

Rien que la force du choc lors de l’impact du genou sur le sol à une vitesse supérieure à 30 km/h est suffisante pour occasionner un gros traumatisme. Avec en plus l’abrasion pendant la glissade, éventuellement la moto qui tombe sur la jambe, la jambe qui reste coincée sous la bécane en glissant, avec les petites choses pointues ou coupantes comme les repose-pieds, les commandes (sélecteur, pédale de frein), la chaîne brûlante qui continue à tourner et fait tronçonneuse…

Je n’insisterai jamais assez sur l’importance de se protéger les pieds et les chevilles, mais tous les chirurgiens orthopédiques vous le diront : les articulations des genoux morflent aussi beaucoup lors des accidents de moto.
Pour en savoir plus, lire l’article Pourquoi protéger ses articulations

Ces blessures ne sont pas mortelles, elles ne sont pas toujours considérées comme « graves » car les séquelles n’en constituent pas des handicaps importants, elles n’empêchent pas de vivre « normalement ».
Toutefois, je connais quelques camarades motards qui boitent, claudiquent, ne peuvent plus courir, n’arrivent plus à marcher longtemps… Souvenirs de chutes qui se sont mal finies pour leurs jambes.

Même si vous choisissez de porter un pantalon de ville, il est vraiment important de vous protéger les genoux avec des genouillères, homologuées de préférence.

Les coques intégrées

Comme pour toutes les coques de protection d’articulations intégrées, les genouillères doivent être certifiées conformes selon la norme d’homologation européenne EN 1621-1, qui comprend deux niveaux.

Pour bénéficier de l’homologation européenne, celles-ci doivent passer un test d’impact : un poids de 5 kg est lâché sur la protection avec une intensité de 50 joules, à 12 reprises.
Les coques sont homologuées de niveau 1 si la puissance moyenne transmise ne dépasse pas 35 kN (kilo-Newton), avec un pic autorisé à 50 kN.
Les coques sont homologuées de niveau 2 si la puissance moyenne transmise ne dépasse pas 20 kN, avec un pic autorisé à 35 kN.
Un test optionnel est également proposé pour tester leurs performances à -10°C et à +40°C et s’assurer qu’elles jouent encore leur rôle dans les conditions extrêmes.

Comme pour les autres protections d’articulation (coudes, épaules, hanches), la capacité d’absorption de l’énergie d’impact est un critère important, mais la surface couverte par la coque en est un autre.

Une petite coque, juste ronde, qui ne va couvrir que la rotule, l’avant du genou lui-même, ne protège pas assez. De plus, en cas de choc, elle risque de bouger, de se déplacer, de glisser… et de ne pas assurer son rôle.

Il est important de choisir des genouillères qui vont vraiment vous protéger tout le genou, sur le devant et sur les côtés, ainsi que le haut du tibia.

Ces coques sont destinées à être intégrées dans un pantalon doté de poches intérieures où elles viendront se loger. Elles sont fournies de série sur les équipements haut de gamme ou en options sur ceux d’entrée de gamme.
Dans l’idéal, ces poches comprennent un réglage en hauteur de la coque (souvent au moyen de bandes velcro que vous pouvez ouvrir ou fermer).

Elles peuvent éventuellement être installées sous des pantalons non adaptés à la pratique moto, soit en y cousant des poches au niveau des genoux, soit en les fixant par des velcros collés sur la coque par de l’adhésif double face. Evidemment, on y perd en confort.
D’où l’idée de les intégrer dans des genouillères amovibles, cette fois portées sur le pantalon.

Les genouillères adaptables

Ces mêmes coques peuvent en effet être portées, non pas intégrées à un pantalon, mais par dessus un pantalon, qu’il soit de moto ou de ville.

Attention, il ne s’agit pas du tout de « sliders » !
D’abord parce que les sliders se placent sur le côté extérieur du genou, afin de prendre appui sur l’asphalte du circuit, et non sur le devant. Un slider ne constitue pas une protection contre les chocs. Il n’est pas conçu pour amortir et absorber les chocs.
Ensuite parce que le slider est amovible et remplaçable. C’est un « consommable » qui se fixe par velcro sur une combinaison ou un pantalon de cuir.

Le type d’équipement routier dont je parle forme ce qu’on appelle une genouillère, une protection extérieure qui sera fixée sur votre jambe, en général par des sangles réglables.

Un des premiers accessoires du marché a été les Spidi Snug Knee, qui étaient pensés pour protéger à la fois des chocs et du froid, avec une coque homologuée intégrée dans une jambière en softshell.
Inconvénient de cet équipement, il tient chaud dès que la température ambiante dépasse les 15°C, ce qui n’incite pas à le porter en permanence.

Spidi propose donc un autre produit, les K-Net Protector, qui intègre les mêmes coques mais dans une genouillère en tissu aéré.
Inconvénient, cette genouillère n’est fixée que par deux sangles, au-dessus et en-dessous du genou, ce qui fait qu’elle bouge trop facilement.

L’équipementier américain Icon a amélioré le concept avec les Street Knee, que j’ai eu l’occasion de tester en 2018.
Lire le test.
Autour d’une coque en matériau D3O, la genouillère est fixée par deux sangles qui se croisent derrière le genou, afin de bien la maintenir en place.

L’équipementier italien Dainese, fort de son expertise à la fois pour la moto et pour le ski, propose plusieurs modèles de genouillères qui sont fixées de façon très efficace, avec plusieurs velcros :

  • Dainese Easy Fit, en blanc ou noir
  • Dainese Trail Skins 2
  • Dainese Hybrid.

Principal avantage, toutes ces genouillères peuvent se porter sur n’importe quel pantalon, s’enfiler et s’enlever facilement, se ranger dans un top-case ou une sacoche…

Si vous ne portez pas de pantalon moto, je vous conseille vraiment d’adopter une paire de ce type de genouillères, qui coûtent moins de 100 euros et permettent de vous protéger les genoux avec une bonne efficacité à moto et un maximum de confort hors moto.

Les genouillères non articulées

Les protections de genoux les plus simples viennent du milieu sportif de l’enduro et du motocross : elles se portent en général sous un pantalon souple et léger, en complément des bottes hautes et rigides (qui vont protéger le bas du tibia) et d’un short de protection (qui va protéger les hanches et les cuisses).

Ces genouillères « basiques » ne sont pas articulées, elles ne comprennent qu’une seule coque et sont fixées par une ou deux sangles, situées en dessous du genou.
La partie supérieure de la genouillère n’est pas fixée, elle est censée tenir en place par la pression du pantalon.

Toutes les marques d’équipement enduro en proposent.

Ces genouillères conviennent à un usage enduro non intensif, mais pas à un usage routier. Leur fixation est trop légère pour résister à une glissade sur du bitume à vitesse élevée. La protection risque de tourner, voire de s’arracher.

Les genouillères articulées

Pour un niveau de protection supérieur, il faut passer sur des genouillères articulées, qui comprennent plusieurs coques reliées entre elles. Ces genouillères sont fixées par au moins trois sangles, au dessus et en dessous du genou.

Il s’agit de ce qu’on appelle une orthèse, c’est-à-dire un appareillage qui assiste une structure articulaire ou stabilise un segment corporel. Dans le cas qui nous intéresse, l’orthèse de genou va non seulement protéger l’articulation d’un choc, mais aussi la maintenir, empêcher sa torsion dans le mauvais sens.

Attention, ne pas confondre la genouillère ligamentaire et l’orthèse !

Une genouillère ligamentaire est conçue en tissu extensible et permet une contention plus ou moins importante selon les modèles. Elle est composée de baleines latérales rigides intégrées à ce tissu. Le tricot élastique est adapté à la pratique sportive, aéré, perméable à l’air et capable de limiter l’humidité.

Une orthèse de genou a une construction différente : elle n’est pas composée de tissu élastique, mais essentiellement de matériaux rigides. Cette construction n’entrave pas le confort d’une orthèse car le genou est maintenue par des coussinets condyliens anti-irritation et les sangles sont recouvertes de matière type velours. Les structures ligamentaires sont davantage protégées. Les orthèses sont pour les hauts niveaux de contraintes, elles confèrent un maintien élevé à très élevé selon le modèle.

A l’image des autres protections (comme le casque ou la coque dorsale), la genouillère de type orthèse est un outil utilisé en prévention afin d’éviter les atteintes du genou.

Sans surprise, ce type de genouillères est au départ destiné aux motards sportifs, adeptes de l’enduro et du moto-cross (disciplines très traumatisantes pour les genoux). Avec la mode du supermotard et du « cross bitume », ces équipements sont peu à peu adoptés par les motards urbains, qui les portent sur ou sous le pantalon.

Toutes les marques d’équipement tout-terrain en proposent de plus ou moins élaborées, mais les marques les plus efficaces, qui travaillent avec (voire ont été fondées par) des médecins ergothérapeutes, sont Leatt, EVS ou Donjoy.

Et en matière d’orthèse moto de genou, c’est le grand écart sur la qualité, les fonctions et les prix. Les premiers prix commencent autour de 60-70 euros, les produits sérieux tournent autour des 100 euros, le haut de gamme se paie à plusieurs centaines d’euros, et j’en ai déjà vu à près de 1.000 euros la paire !

Conclusion

Il existe différentes solutions pour protéger vos genoux, adaptées à votre usage et à votre budget.
C’est avant tout à vous de voir quelle solution pourrait vous convenir, en fonction de vos contraintes, en choisissant quel degré de sécurité et de confort vous souhaitez adopter, en décidant d’où vous mettez le curseur entre confort et sécurité.

Certains font le choix de très grosses genouillères complètes (qui font aussi protège-tibias), à porter sur un jeans, par exemple.

  4 comments for “Choisir ses protections de genou

  1. Julien PHAM
    14 novembre 2019 at 23:34

    Pour ma part j’ai un pantalon RST pro series adventure 3 que je porte par dessus mon jeans. Quand j’arrive au boulot j’enlève mon pantalon moto. Et je le remet quand je pars. Ça prend trois minutes et au moins au boulot je suis à l’aise.

  2. BuBulle
    3 septembre 2019 at 12:04

    Bonjour,

    C’est un plaisir de lire sur ce site. Excellent article, très complet et excellente réponse en commentaire (je valide de mon expérience personnelle).

    J’ai mis un moment à protéger mes genoux et j’ai eu de la chance. En cas de chute, c’est quasi 100% de risques de toucher avec le genou, plus qu’avec le casque ou la dorsale.
    Perso je regarde désormais plus le confort/enveloppe d’une protection que son niveau de protection (différence entre une bonne niv1 et une mauvaise niv2 ?). Avantage : on n’a pas de réticence à les mettre !

    Petit lien pour ceux qui voudraient des chiffres : https://www.motocap.com.au/ à comparer avec d’autres tests de chute mais cela donne une bonne idée des différences et limites de nos équipements.

  3. marc brisy
    8 juin 2019 at 15:46

    Pour le moment, j’utilise des pantalons renforcés kevlar, avec des protections d30 dans des poches (hanches, genoux) un magasin me déconseille les protége genoux indépendants ,disant qu’ils risquent de tourner en cas de choc…. Qu’en penses tu?

    • FlatFab
      8 juin 2019 at 17:06

      Qu’il ne faut pas tout mettre dans le même sac…
      Il existe des genouillères adaptables, indépendantes, qui restent bien en place.
      A tout prendre, il vaut mieux des genouillères indépendantes bien strappées, bien serrées, que des coques dans un pantalon large.
      Plus c’est près du corps, mieux c’est, quelle que soit l’enveloppe !

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