Négocier un virage en épingle

Le virage serré, dit « lacet » ou « en épingle », se distingue de la plupart des autres virages par le fait que son très faible rayon de courbure nous oblige à adopter une faible vitesse. Rayon de virage serré, maniement à basse vitesse, forte déclivité (en montée ou descente), chaussée parfois étroite, revêtement éventuellement en mauvais état, gestion du trafic en sens inverse… Tout se combine pour faire du virage en épingle le cauchemar du motard inexpérimenté et la joie de celui qui roule à l’aise dans ses bottes (de moto) !

Définitions

Commençons (comme souvent) par être bien clairs sur les termes employés.

Une route en lacets désigne une alternance de lignes droites (plus ou moins longues) et de virages en lacets.
Dans un lacet, la route pivote et revient dans une direction opposée à sa direction initiale, généralement à une altitude plus élevée en voie montante, plus basse en voie descendante.
Une route en lacets suppose en général une forte déclivité et se trouve en toute logique en montagne (comme sur la photo ci-dessous).
Les lacets se succèdent, la sortie de l’un étant l’entrée d’un autre et alternativement dans la direction opposée, pour que la pente puisse être gravie ou descendue selon une pente nettement plus faible.

Si les virages sont d’angle très grand et de rayon de courbure faible, on parle de virages en « épingle ».
Ce terme fait référence à la forme d’une épingle à nourrice ou à cheveux. Il implique un virage à environ 180 degrés, donc une forme de demi-tour, plus ou moins serré selon la largeur de la route et la distance entre le point d’entrée et le point de sortie du virage.
A masse du véhicule égale, ce rayon de courbure va engendrer une force centrifuge maximale, ce qui impose de réduire drastiquement la vitesse pour ne pas sortir de la trajectoire, voire de la route…

Point de géométrie
Le rayon de courbure d’un tracé indique son niveau d’incurvation : plus le rayon de courbure est élevé, plus le tracé se rapproche d’une ligne droite, et inversement.

Une épingle un peu serrée, en dévers, dans une forte pente, sur un bitume dégradé, va dès lors imposer une vitesse de conduite très basse, à moins de 20 km/h, voire de 5 km/h.
Ce qui place le motard dans les difficultés habituelles du maniement à basse vitesse…

Vous gagnerez à lire les articles qui en expliquent les fondamentaux :
Maîtriser son embrayage
Sentir l’équilibre de sa machine
Incliner à basse vitesse

Il sera également utile de lire l’article consacré à la conduite en montagne en général : Rouler en montagne.

 * * *

Les fondamentaux

Règle numéro 1

N’engagez jamais une épingle avec un véhicule à grand gabarit arrivant en face !

Un véhicule à grand gabarit (camion, semi-remorque, autocar, bus, tracteur avec remorque, voiture avec caravane ou remorque longue, grand camping-car) va balayer toute la largeur du virage, prendre toute la place.
Que ce soit dans une épingle à gauche ou à droite, vous risquez de vous retrouver coincé entre ce véhicule et le bord de la route.

Même si vous estimez être prioritaire (en montée), laissez passer ce véhicule gênant.
Vous êtes à moto, avec un véhicule fin et maniable : ayez l’intelligence de céder le passage au conducteur d’un véhicule encombrant.
Lui doit manoeuvrer, ralentir fortement, faire attention au porte-à-faux, veiller à ne rien accrocher, regarder à la fois devant et sur les côtés…

Avant d’arriver dans l’épingle, regardez plusieurs fois la route en sens opposé.
Si vous voyez arriver en face de vous un véhicule à grand gabarit, arrêtez-vous en douceur en ligne droite et serrez le bord droit de la route.
Arrêtez-vous complètement en dégageant au maximum la route et repartez seulement quand le « gros cul » sera entièrement sorti de l’épingle.

Une évidence qu’il ne devrait pas être nécessaire de rappeler, mais j’ai tellement vu de motards tocards le faire que je le souligne : il est suicidaire de dépasser en épingle un véhicule à grand gabarit !

Non seulement vous risquez d’être accroché par le véhicule au cours de sa manoeuvre, mais en plus, celui-ci vous masque totalement la sortie du virage, au risque qu’un véhicule arrive en face et vous surprenne.
Bien évidemment, pendant votre dépassement, vous serez également masqué à la vue du conducteur d’un véhicule arrivant en face.
Danger maximal !

Règle numéro 2

N’allez surtout JAMAIS au point de corde dans une épingle !!!

En effet, engager une épingle génère déjà une force centrifuge conséquente (à cause du rayon de courbure).
Dans cette configuration, la moindre augmentation de la vitesse (linéaire, en km/h) va engendrer une très forte augmentation (au carré, exponentielle) de la vitesse angulaire, donc de la force centrifuge.
Si en plus, vous resserrez le virage en allant à la corde en milieu de virage, vous allez encore réduire le rayon de courbure et par conséquent augmenter la force centrifuge.
Résultat : vous élargissez la trajectoire de sortie.

Un élargissement en sortie de virage en épingle risque :

  • soit de vous rapprocher dangereusement du bord de la route (falaise, rochers, fossé, ravin, glissière) ;
  • soit de vous amener sur la voie de circulation opposée, au risque d’une collision frontale avec un véhicule arrivant en face.

Vouloir « plonger à la corde » dans un virage en épingle vous met en danger.

Conseils généraux

Deux points fondamentaux sont à retenir dans un virage en épingle :

  1. ne jamais réaccélérer (augmenter la vitesse) tant que la roue avant de votre moto n’est pas dans l’axe de la sortie ;
  2. rester loin du danger, c’est-à-dire des véhicules arrivant en face.

Le premier point concerne la gestion de l’allure, nous allons voir ça plus loin.
Le second point concerne la gestion de la trajectoire, qui constitue notre objectif prioritaire en virage et plus encore en épingle, que ce soit en montée ou en descente, vers la gauche ou la droite.

 * * *

La trajectoire

Dans un virage en épingle plus encore qu’ailleurs, l’application de la trajectoire de sécurité (dite aussi « de confort » ou « EDSR ») s’avère vitale.
Pour en connaître / comprendre / réviser les grandes lignes, lire Prendre un virage : la trajectoire.

L’épingle à gauche

Que ce soit en descente ou en montée, la gestion de la trajectoire dans un virage en épingle vers la gauche est simple : en extérieur toute !

Il faut :

  • Arriver (zone d’approche, en ligne droite) en se plaçant à droite dans votre voie de circulation.
    Se placer le plus à l’avance possible dans la demi-voie de droite, en conservant un coussin de sécurité maximal par rapport au trafic en sens opposé, pour le cas où un véhicule sortirait trop large de l’épingle, et un autre coussin de sécurité entre vos roues et le bord de la route, de l’ordre de 20 à 50 cm selon l’état du bitume ;
  • Engager le virage (zone d’entrée, première moitié de l’épingle) en restant sur la droite.
    Il est possible de resserrer légèrement la trajectoire vers l’intérieur, surtout en cas de cailloux / graviers / terre /  sable sur le bord droit de la chaussée, mais sans jamais approcher le « point de corde » virtuel, situé sur la ligne médiane / le milieu de la route.
    Imaginez que vous devez croiser une voiture dans l’épingle, elle doit avoir la place de vous passer à côté sans vous obliger à redresser le guidon ou la moto.
  • Prolonger le virage (zone de placement, seconde moitié de l’épingle) en restant sur l’extérieur.
    Là encore, il est possible de resserrer légèrement la trajectoire vers l’intérieur, surtout en cas de pierres / cailloux / graviers / terre /  sable sur le bord droit de la chaussée.
    Si une autre épingle se présente et qu’elle tourne vers la droite, on resserre alors la trajectoire pour se porter vers l’extérieur de celle-ci, à condition évidemment qu’aucun véhicule n’arrive en face.
  • Sortir du virage (zone de sortie, en ligne droite) en se plaçant bien à l’avance sur l’extérieur du prochain virage si on peut voir celui-ci, ou au milieu de sa voie de circulation si la route se poursuit en ligne droite ou que l’on ne voit pas encore le prochain virage.

L’épingle à droite

C’est le sens qui pose le plus de problèmes, surtout en descente.
En effet, les motards inexpérimentés ont tendance à vouloir garder de la vitesse pour assurer la stabilité de la moto, ce qui les amène à couper l’entrée du virage, aller vers la corde et donc élargir de façon incontrôlée en sortie.

On voit souvent fleurir sur le web ce type de schéma de trajectoire pour les virages en épingle à droite :

C’est très joli, ça fait pro, ça semble fondé sur la science physique… mais il n’empêche que le point de sortie se situe droit dans le pare-choc avant de la voiture qui arriverait en face !
Ce type de trajectoire s’applique sur circuit (parce qu’on est sûr et certain que personne n’arrive en face) et n’est valable QUE SUR CIRCUIT.
Appliquer ou recommander cette trajectoire contribue surtout à augmenter le nombre d’accidents et de décès de motards sur les routes de montagne.

Autre schéma de trajectoire pour les virages en épingle à droite :

Je vais résumer simplement : aucune de ces cinq trajectoires possibles n’est correcte à mes yeux pour une conduite de sécurité.

A la limite, la moins mauvaise est la rouge, tout à l’intérieur, mais elle implique une très basse vitesse, avec un fort ralentissement en phase d’approche et un freinage prolongé jusqu’en phase de sortie.
Recommandé si vous croisez une file de voitures arrivant en sens inverse tout au long de l’épingle.

Toutes les autres aboutissent à une trajectoire de sortie en extérieur, donc dangereuse.

A mon sens, la trajectoire idéale dans une épingle à droite (en montée comme en descente) est celle qui commence en jaune et termine en rouge.

L’objectif de cette trajectoire est de diminuer le plus possible la force centrifuge en entrée d’épingle afin de vous permettre de resserrer la trajectoire en cours de virage et d’en sortir le plus à l’intérieur possible, au plus loin du danger que représente un véhicule arrivant en face qui couperait son entrée de virage (vers sa gauche).

Pour cela, il s’agit d’élargir au maximum l’entrée du virage, donc de circuler brièvement sur la voie en sens opposé.

Cette manoeuvre choque souvent les néophytes.
Comprenez bien qu’elle est légale : les virages en épingle ne comportent jamais de ligne continue. Dans les épingles serrées, il n’y a pas de ligne médiane marquée au sol. Dans les épingles larges, elle est toujours discontinue, afin de permettre aux véhicules à grand gabarit de la chevaucher.
Dans ces conditions, il est permis aux deux-roues de la franchir (si elle est matérialisée) pour rouler à gauche.

D’autres motards m’objectent aussi qu’il existe un risque de collision frontale avec un véhicule arrivant en face, qui sortirait du virage en épingle.
Je souligne qu’il s’agit d’élargir la trajectoire au maximum en entrée d’épingle.
Il n’est pas question de rester en extérieur tout au long du virage !
Cette trajectoire implique de resserrer la trajectoire dès le premier tiers du virage, afin d’en sortir le plus à l’intérieur possible.

De plus, dans la mesure où il s’agit bien d’une épingle, la vitesse des véhicules arrivant en face sera forcément réduite.
Comme les autres types de véhicules pèsent bien plus lourd qu’une moto, leurs conducteurs sont contraints de ralentir plus encore que les motards dans une épingle.
Ils en sortiront donc plus lentement, ce qui laisse largement au motard le temps de réintégrer sa voie de circulation.

Précautions d’usage

Attention ! Cette trajectoire est valable seulement pour un virage en épingle à droite AVEC VISIBILITE.
Elle suppose que vous vous soyez assuré au préalable qu’aucun véhicule n’arrivera en face de vous pendant la phase d’entrée.

Si l’épingle à droite est en aveugle, restez intégralement sur la trajectoire rouge.

Si vous voyez un véhicule qui est susceptible de se trouver à votre hauteur en phase d’entrée, restez sur la trajectoire rouge.
Si vous voyez un véhicule en face, mais que celui-ci vous aura déjà croisé en phase d’approche, vous pouvez entrer sur la trajectoire jaune après l’avoir croisé.
Si vous voyez un véhicule en face, mais que celui-ci vous croisera en phase de placement ou de sortie, vous pouvez entrer sur la trajectoire jaune.

Cela suppose une bonne estimation de votre vitesse et de celle du véhicule arrivant en face.
Dans le doute, adoptez une vitesse qui vous permettra de réagir et de resserrer votre trajectoire.

Si tous les paramètres sont au vert, vous pouvez :

  • Arriver (zone d’approche, en ligne droite) en se plaçant tout à gauche de la route, bien à l’extérieur sur la voie en sens opposé.
    Conserver un coussin de sécurité entre vos roues et le bord gauche de la route, de l’ordre de 20 à 50 cm selon l’état du bitume.
  • Engager le virage (zone d’entrée, première moitié de l’épingle) en resserrant progressivement vers l’intérieur (à droite).
  • Prolonger le virage (zone de placement, seconde moitié de l’épingle) en resserrant franchement sur l’intérieur.
    Si une autre épingle se présente et qu’elle tourne vers la gauche, on resserre moins la trajectoire, sauf si un véhicule arrive en face.
  • Sortir du virage (zone de sortie, en ligne droite) en se plaçant bien à l’avance sur l’extérieur du prochain virage si on peut voir celui-ci, ou au milieu de sa voie de circulation si la route se poursuit en ligne droite ou que l’on ne voit pas encore le prochain virage.

Pour pouvoir respecter cette trajectoire, il vous faut adapter votre allure et savoir placer votre regard correctement.

 * * *

L’allure

Rappel : il s’agit de négocier un virage en épingle, soit une sorte de demi-tour un peu large.
Il apparaît assez évident que votre moto devra conserver une vitesse réduite, inférieure à 30 km/h.
Sur la plupart des motos, cela impose de choisir le premier ou le deuxième rapport, avec un maniement des commandes tout en douceur.

Pour bien comprendre les grandes lignes de la gestion de l’allure à moto, je vous recommande de lire / relire les articles suivants :
Prendre un virage : l’allure
Comprendre la dynamique moto.

S’agissant des virages en épingle, nous distinguons deux cas généraux.

L’épingle en montée

Bien des motards s’interrogent sur la bonne façon de négocier une épingle en montée…
D’un côté, il faut ralentir sous peine de partir dans le décor (ou au moins d’élargir la trajectoire). Mais d’un autre, trop ralentir rend la moto instable, difficile à manier.

Dans le doute, beaucoup appliquent ce qu’on leur a appris en formation initiale pour le parcours à allure lente de l’examen plateau : ralenti de 1e, embrayé, sans gaz, sans frein (ou alors, juste un peu de frein arrière).
Cette gestion de l’allure dans une épingle en montée entraîne nombre de calages, donc de pertes d’équilibre, voire de chutes.

D’autres encore (mais rares, quand même) vont chercher à faire dériver la roue arrière, avec une technique de « drifting ».

Mais bon, comme tout le monde n’a pas le temps, les moyens et l’envie de passer 300 heures à s’entraîner sur une moto de stunt avec une crash-cage, une autre technique est préférable.

Deux points essentiels :

  1. Garder du gaz, conserver du régime moteur afin d’assurer la motricité, garder de la traction, ne pas risquer de caler, améliorer la stabilité de la moto.
  2. Gérer la vitesse avec l’embrayage, mais sans débrayer jusqu’à la roue libre, le moteur doit rester en prise.

A partir de là, le maniement global de vos commandes se fait comme suit :

  • Ralentir en approche du virage en épingle, simplement en décélérant, voire en freinant si vous arrivez d’une ligne droite à grande vitesse.
  • Choisir le rapport de boîte convenable (la 2e pour une épingle large, la 1e pour un lacet bien serré, surtout s’il est en dévers).
  • En phase d’entrée, débrayer progressivement (si nécessaire) pour régler votre vitesse.
  • Dans le même temps, augmenter le régime moteur pour le faire ronronner, voire vrombir, mais pas hurler.
  • Conserver la synchronisation entre embrayage et gaz jusqu’à la phase de placement.
  • Relâcher progressivement l’embrayage pour accélérer et redresser la moto en phase de sortie.

J’insiste sur la nécessité de conserver du gaz tout au long du virage, mais sans prendre de vitesse, donc en intervenant sur l’embrayage.
Le motard novice en maniement à basse vitesse a facilement l’automatisme de couper les gaz quand il veut ralentir. C’est normal quand on n’a pas encore l’habitude d’utiliser cette synchronisation des mains entre embrayage et gaz.
Mais couper les gaz en virage, surtout dans une épingle en montée, n’entraîne que des inconvénients, le premier d’entre eux étant le risque de calage moteur.
Et chacun sait que caler avec le guidon braqué génère un gros risque de chute, surtout quand on se trouve dans une pente et/ou un dévers, avec une moto chargée de bagages et/ou avec passager…

NE PASSEZ JAMAIS UNE EPINGLE EN MONTEE SUR LE RALENTI MOTEUR !!

L’usage du ralenti de 1e est responsable de la plupart des chutes ou pertes de contrôle en virage en épingle en montée.
On peut en voir un exemple dans cette série de vidéos montrant (à son insu) un motard en Honda 1800 Goldwing, en grande difficulté dans les célèbres lacets du col de Stelvio, à la frontière entre l’Italie et la Suisse.
Je précise que clairement, ce n’est pas la seule cause des problèmes de ce motard, mais cela me semble constituer la principale…

 * * *

L’épingle en descente

Dans un virage en épingle en descente, le problème global reste le même : il faut passer doucement, mais pas trop.
Grosse différence avec la montée, le poids de la moto dans la descente suffit à la faire avancer.
Parfois trop vite si on met en plus du gaz avec le moteur en prise, c’est bien le souci…

Une première façon de passer une épingle en descente sera d’utiliser le ralenti moteur sur le 1e ou le 2e rapport.
Si l’épingle n’est pas trop serrée, c’est possible. Pas optimal mais possible.
Attention dans ce cas à ne pas utiliser le frein avant et à freiner légèrement de l’arrière, mais pas trop fort, sous peine de caler.

Une deuxième manière possible est celle de la conduite en « mode kéké », comme le démontre ci-dessous Vincent alias « P’tit Maurice ».
Mais on est loin d’une conduite de sécurité.
De plus, si vous en êtes à ce niveau-là de maîtrise (et que vous n’êtes pas encore mort par excès d’optimisme), vous ne devriez pas avoir besoin de mes conseils.

Troisième possibilité, que je conseille.
Pour mieux comprendre la suite, lire l’article Réflexions sur le point mort et la roue libre.

Pour le commun des motards, une épingle en descente est négociée en douceur, à basse (en 1e) ou moyenne (en 2e) vitesse.
On retrouve à peu près la même séquence que celle utilisée par Vincent, mais sans blocage de roue par le frein arrière.

Deux points essentiels :

  1. Ne pas avoir peur de se mettre en roue libre (mais pas au point mort).
  2. Oser braquer vite et loin, voire à fond (dans le cas d’une épingle serrée à droite), en profitant de la maniabilité conférée par la roue libre.

A partir de là, le maniement global de vos commandes se fait comme suit :

  • Ralentir en approche du virage en épingle, simplement en décélérant, voire en freinant (de l’avant, fort mais bref).
  • Choisir le rapport de boîte convenable (la 2e pour une épingle large, la 1e pour un lacet bien serré, surtout s’il est en dévers).
  • En phase d’entrée, régler votre vitesse en débrayant à fond (roue libre) tout en freinant de l’arrière.
  • Conserver la roue libre avec frein arrière jusqu’à la phase de placement.
  • En phase de sortie, relâcher le frein arrière et embrayer progressivement (de préférence avec un peu de gaz) pour accélérer et redresser la moto.

J’insiste sur l’utilité de braquer fortement le guidon sur la roue libre afin d’incliner la moto, surtout dans le cas d’une épingle à droite et plus encore si on se trouve contraint par le trafic en sens opposé de suivre une trajectoire tout à l’intérieur.
Il faut alors éviter à tout prix d’élargir en sortie de virage à droite !
Ne pas hésiter à se rapprocher du bord droit de la route, en regardant bien le bord de la chaussée.

Une vitesse de l’ordre de 4-5 km/h suffit à assurer l’équilibre de la moto grâce à l’effet gyroscopique des roues en rotation.
Attention à ne pas perturber cet effet gyroscopique par un freinage trop puissant ou saccadé : il s’agit d’un freinage continu de ralentissement pour empêcher la moto de prendre de la vitesse, de préférence avec le frein arrière.
Si vous savez doser votre frein avant avec un seul doigt et surtout si votre moto est équipée d’un freinage couplé, il reste possible d’utiliser le frein avant, avec délicatesse et précision.
Dans cette situation, un freinage léger et continu assurera la stabilité de la moto, là où un freinage puissant et saccadé la déstabilisera.

 * * *

Les appuis et la position

Les appuis

Dans la mesure où la moto évolue à moins de 30 km/h, il n’est pas nécessaire de recourir à la technique dite de contrebraquage.
Lire Le contre-braquage, technique d’inclinaison par le guidon.

Le seul braquage prononcé du guidon suffit à incliner la moto.
Il faut surtout ne pas refuser cette inclinaison, ne pas en avoir peur !
Elle est normale (les pneus étant de section arrondie) et souhaitable (pour tourner plus serré).

Si vous êtes à l’aise, que vous savez conférer de la stabilité à la moto par la gestion de l’allure, que vous ressentez la stabilité de la moto, vous pouvez éventuellement augmenter l’inclinaison de la moto par deux appuis légers :

  1. Appui de la main sur le guidon intérieur vers le bas (et non vers l’avant comme en contrebraquage) ;
  2. Appui vertical du pied intérieur sur le repose-pied, complété par un appui latéral du genou extérieur sur le réservoir.

La position

Quant à la position, la plupart des motards choisissent de rester dans l’axe de leur moto.
C’est la position de compromis, qui convient à la plupart des épingles, même si ce n’est pas forcément optimal.
Attention à toujours conserver la tête droite, verticale, et non dans l’axe vertical du tronc.

Dans la mesure où la moto évolue à basse ou moyenne vitesse, il est évident qu’il n’est pas recommandé de placer le corps en déhanché intérieur.
Ne sortez même pas les épaules à l’intérieur !
C’est inutile et cela risque d’entraîner une perte d’équilibre si vous évoluez à très basse vitesse.

Dans un virage en épingle, je recommande personnellement la position en déhanché extérieur, sans écarter le genou intérieur.
Pour en savoir plus, lire Prendre un virage : la position.

Si vous êtes à l’aise en maniement à basse vitesse, vous pouvez éventuellement adopter la position en opposition à la moto, dite « en V », avec les épaules franchement sorties vers l’extérieur, en pliant vers le sol le coude extérieur.

 * * *

Le regard

On retrouve les grandes lignes du travail de regard en virage : garder un regard actif, mobile, évolutif.
Ne rien fixer, ne pas regarder au sol, essayer d’anticiper sur la trajectoire de la moto, ne pas regarder là où on a peur d’aller…
Si ce n’est déjà fait, lire Prendre un virage : le regard.

Dans le cas particulier du virage en épingle, le fait d’évoluer à basse vitesse aide à conserver une bonne mobilité de regard : on a le temps de regarder à différents endroits sans se sentir débordé.

A mon sens, le plus important se joue AVANT le virage !
Il est très utile, voire nécessaire, impératif, de jeter un ou plusieurs coup(s) d’oeil en amont du virage en épingle, que ce soit vers le haut ou vers le bas, afin d’évaluer le trafic arrivant en face :

  1. Dans une épingle en descente à droite, c’est assez facile, il suffit de bien serrer à droite en approche du virage pour voir la route en dessous.
  2. Dans une épingle en descente à gauche, c’est moins évident (mais moins important), il faudra venir serrer à gauche en phase d’approche pour voir la route en dessous.
  3. Dans une épingle en montée à droite, le fait d’élargir vers l’extérieur en approche aide à voir plus loin, même si c’est juste pour apercevoir le toit des véhicules arrivant en face.
  4. Dans une épingle en montée à gauche, c’est le plus facile, mais il faut bien tourner la tête pour regarder le plus loin possible.

Ensuite, dans le virage, le gros piège à éviter est de regarder en face, dans l’axe de la moto, vers le ravin ou la falaise.
Ne surtout pas regarder ce qu’il y a en face de la moto, mais au contraire, ce qui va suivre, vers la sortie, ce qui pourrait vous arriver dessus.

 * * *

En résumé

Toujours quatre éléments à coordonner :

  1. votre Position sur la moto,
  2. la Trajectoire de la moto,
  3. la gestion de l’Allure
  4. et le Regard.

Soit le sigle PTAR (position, trajectoire, allure, regard).
Si ces quatre composantes sont bien gérées, alors vous serez décontractés, détendus et vous pourrez ajouter PTARD.
Car c’est bien connu, un bon pétard amène la décontraction…

Objectif prioritaire : la trajectoire qui assure votre sécurité, c’est-à-dire qui vous permet de toujours rester dans votre voie en sortie de virage en épingle, de ne jamais élargir en sortie.
Donc entrée en extérieur, le plus à l’extérieur possible, en fonction du trafic et de l’état de la route.

Pour y parvenir, il faut :

  • Adapter l’allure afin d’assurer l’adhérence et la stabilité de la moto.
    Toujours maintenir de la motricité dans les épingles en montée.
  • Ressentir cette stabilité par votre position sur la moto, en serrant les cuisses, en plaçant les pieds correctement.
    Guider la moto en braquant vite et fort le guidon, avec les bras détendus, les épaules relâchées.
  • Anticiper la trajectoire et les dangers grâce à un regard mobile, actif, ce qui suppose de tourner toute la tête avant le virage et dans le virage.

 * * *

Une vidéo pour vous montrer les différentes pièges ou difficultés qui peuvent se présenter dans des virages en épingle.
Là encore, c’est dans le col du Stelvio, avant la réfection de la chaussée.

 * * *

Je dois monter une vidéo spécifique sur les virages en épingle que j’ai réalisée il y a quelques années dans le col de l’Izoard.
A venir… un de ces jours !

  3 comments for “Négocier un virage en épingle

  1. Philippe
    17 septembre 2018 at 15:25

    Un grand Merci pour votre site et votre pédagogie.
    Je suis à Bourg St Maurice pour 2 semaines de vacances avec des ascensions tous les jours, Cormet de Roselend, Col de l’Iseran, Petit St Bernard..
    Je mets en pratique vos très utiles conseils notamment au sujet des épingles qui restent des virages très particuliers….
    Si tous les éléments ne sont pas réunis et synchronisés on passe l’épingle comme un 38 tonnes, adieu la fluidité..

    Merci et bonne route !

  2. Florence
    12 septembre 2018 at 10:44

    Très bon article, les épingles ne sont pas des virages comme les autres et c’est bien de le souligner, et comme d’habitude les explications sont très claires.
    J’ajouterai un conseil, avant d’attaquer une route aux multiples épingles comme le Stelvio, en trouver une avec juste 2 ou 3 épingles pour s’entrainer. Si ça se passe mal, le calvaire dure moins longtemps. J’ai vu un motard pris de panique et réduit à passer les épingles au frein avec les pieds par terre dans le Stelvio à la descente, le pauvre, il lui en restait une quarantaine à subir…
    J’avoue que moi-même, j’ai du plaisir à monter le Stelvio depuis Prato allo Stelvio, mais je ne le redescend pas !! Trop aérien, je redescend par l’Umbrail où en direction de Livigno.

  3. Philippe CAMUS
    5 septembre 2018 at 23:00

    Bon reportage, explications claires. Ça confirme ma façon de procéder même si je rencontre malgré tout quelques difficultés (épingles à droite serrée, en montée, sur route étroite, pour ne pas me retrouver de l’autre côté de la chaussée ou idem en descente mais dans une moindre mesure). Nota : toujours en duo et bien souvent avec bagages. Merci pour le temps que tu nous accordes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.